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MATHURIN LE HORSBotaniste des îles
St-Pierre et Miquelon(1886-1952)par le Père
C. Le Gallo, C.S.SP. (Publié dans Le Naturaliste
Canadien vol. LXXXII, n° 12, décembre 1955). Ce modeste
ingénieur électricien qui à ses heures était un botaniste
passionné nÎa pas atteint la notoriété par des publications
scientifiques. Tout juste a-t-il laissé son nom dans le GrayÎs Manual à
une variété dÎHabenaria orbiculata créée par
Fernald. Il mérite cependant de ne pas rester dans lÎoubli parce que
dans la petite histoire de la botanique aux îles St-Pierre et Miquelon il
a su par ses patientes recherches floristiques pendant près de 40 ans travailler
au recensement des espèces végétales du Groupe en y ajoutant
par dÎheureuses trouvailles de nombreuses entités dÎun rare intérêt.
A côté de Bachelot de la Pylaie (1786-1856), dÎAlphonse Gautier
(1834-?), du docteur Delamare, médecin de Miquelon 1835-1888), du Frère
Louis-Arsène, (1875), Mathurin Le Hors prend place parmi les prospecteurs
du petit Archipel franco-terreneuvien: français par sa population et son
allégeance politique, terreneuvien par son climat et son histoire naturelle.
Si ce nÎétait un geste de profonde amitié, ce serait une dette
de reconnaissance pour moi dÎesquisser la notice biographique de celui qui mÎinitia
à la connaissance de la flore de ces îles et qui fut mon compagnon
ardent et infatigable dans le nombreuses randonnées à travers tourbières
et mornes de lÎArchipel. Six années après le départ du
Frère Louis-Arsène un jeune breton né à Meslan (1886)
département du Morbihan, France, ancien élève du collège
des Jésuites de Vannes, arrivait à Saint-Pierre, muni de ses diplômes
afin de prendre la direction de lÎenseignement libre, lÎexil des Frères
de Ploërmel ayant laissé lÎécole communale seule maîtresse
de lÎinstruction des grands garçons. Non sans difficultés ni mesquineries
de la part de certains fonctionnaires, Mathurin Le Hors était autorisé
le 29 avril 1909 à ouvrir à Saint-Pierre un établissement
secondaire, le collège Saint-Christophe, patronné par Mgr Légasse,
qui fut, avant dÎêtre évêque de Périgueux et dÎOran,
préfet apostolique des îles St-Pierre et Miquelon de 1899 à
1912. A ses heures de loisir, avec des moyens de fortune le jeune professeur
sÎinitia à la connaissance de la flore de son pays dÎadoption. Il faisait
partager son goût pour les sciences par ses associés ou quelques-uns
de ces élèves. Dans ses tournées à la « Montagne
» - ce terme saint-pierrais qui signifie tout morne ou toute partie de la
campagne située en dehors de la ville - il collectionnait, avec ardeur,
et peu à peu acquérait cette riche expérience du terrain.
Le Hors resta dix ans directeur du collège, jusquÎà la fin de
la première guerre mondiale au cours de laquelle il avait pu rendre à
lÎadministration locale de précieux services. A lÎépoque où
sévissait la grippe espagnole dans la colonie, Mathurin Le Hors entrait
comme ingénieur électricien au « Câble-Français
». Cet office dut fermer ses portes en 1929 lors quÎun tremblement sous-marin
qui sectionna des câbles sur une longue distance.. Il nÎy était demeuré
quÎun an. Ce fut la Western Union, appelée là-bas « Câble
anglais » qui occupa sa carrière jusquÎà sa retraite. Il y
fit preuve de haute compétence et dÎune grande conscience professionnelle.
En 1923-1924, il était à Canso (Nouvelle-Écosse) pour y remplir
les mêmes fonctions. Après un rapide voyage en France il revenait
à Saint-Pierre pour continuer dans la même maison sa tâche
quotidienne. Dans le but de contribuer à lÎExposition Coloniale de Vincennes
(1931) lÎadministration locale lui demanda de constituer un herbier des îles
Saint-Pierre et Miquelon. Il se prêta de bonne grâce à ce travail
qui bien conçu, bien présenté, figura longtemps dans le laboratoire
de M. Auguste Chevalier, membre de lÎInstitut et célèbre agronome
colonial. Cette même année Le Hors publiait un étude intéressante
dans la Revue de Botanique Appliquée (bulletin 120) sur « la flore
utilisable de Saint-Pierre et Miquelon », dans laquelle, en judicieux jardinier
et fleuriste quÎil était il donnait dÎexcellents détails sur la
culture des légumes et des plantes ornementales dans la colonie, pendant
la période si courte laissée par le climat excessivement contrariant
et capricieux soumis aux jeux continuels de la brume et du vent. Ces travaux valurent
à leur auteur dÎêtre promu chevalier du Mérite Agricole. CÎest
surtout à partir de 1929 que Mathurin Le Hors voulant dépasser le
stade de simple amateur entra par une correspondance coupée il est vrai,
par de longs intervalles, en relation scientifique avec le Frère Louis-Arsène
qui, fin et précis connaisseur, ayant enseigné à Saint-Pierre
et exploré le pays entre 1899 et 1903 (130 herborisations), venait de publier
sous les auspices de Fernald, au Gray Herbarium, une importante contribution sur
les îles dans Rhodora : 487 espèces cataloguées, dont 391
indigènes et 96 introduites. Cette correspondance si précieuse avec
échange de vues continua jusquÎen 1940. Interrompue par lÎoccupation allemande,
elle reprit plus au ralenti après la libération. Au cours dÎun
voyage en France (nov. 1947) les deux amis se rencontraient pour la première
fois. Ensemble ils décidèrent de préparer une nouvelle contribution
qui parut aussi dans Rhodora (1947). Cette étude consignait les nouveautés
de Mathurin Le Hors (avec les miennes en collaboration). Elle ajoutait 150 espèces
à liste déjà connue, ce qui portait le total des Phanérogames
à 637 espèces dont 515 indigènes et 122 introduites. Le
Hors fut avant tout un botaniste de plein air. Lorsque sa profession lui laissait
des loisirs, il sÎoffrait de longues « virées » selon son expression.
Chaussé de bottes en caoutchouc, muni dÎun flacon antimoustique, dÎun petit
cognac pour les coups durs, il nÎhésitait pas à sÎenfoncer seul
à travers la forêt naine, les immenses savanes tourbeuses, humides,
du sud de Langlade qui fut son fief préféré parce que moins
battu par les anciens chercheurs. A 60 ans, il avait une résistance physique
qui eut découragé bien des jeunes. Il arrivait le soir, fourbu,
mais dans son sac en toile voisinaient pêle-mêle des plantes intéressantes
qui feraient les délices des veillées dÎun long hiver. Dans un pays
où la flore débute seulement au mois de mai avec les myriades de
Coptis dans les bruyères dÎEmpétracées pour finir en septembre
avec les houppes de Pimprenelles, la flèche dÎor des Solidages, les bouquets
violacés des Asters, il faut se hâter. Dès que le Gratteur
qui est le Pinson fauve (Paseserella iliaca Merrem.) chante le soir dÎune
voix flûtée sur la cîme des Sapins Baumiers dans la montagne,
il ne faut pas perdre une semaine, car la nature elle, nÎattend pas, même
et surtout, quand la brume retarde la floraison. CÎest cet amour des plantes vivantes
qui portait Le Hors à se méfier avec excès peut-être,
des morcellements en formes et en variétés proposées par
les laboratoires. Ce nÎest pas sans mélancolie que je me remémore
ces anciennes herborisations en sa compagnie. DÎordinaire, il marchait devant,
le regard attentif, en suivant les sentiers de chasseurs qui sillonnent le pays
et quÎil faut bien connaître pour ne pas sÎégarer. Une des promenades
favorites de Mathurin Le Hors était la route de lÎanse à Pierre.
On sÎy rendait souvent parce que les câbles transatlantiques dont il avait
la charge, après leur atterrissage dans la rade de Saint-Pierre et venant
de Terre-Neuve par la presquÎîle dÎAvalon traversent toute l'île pour
replonger dans la Baie et partir dans la direction de Canso en Nouvelle-Écosse.
En cours de montée, éparse dans la pierraille rhyolitique teintée
de Lichens, la flore arctique-alpine sÎoffrait à chaque pas: Loiseleuria
procumbens, Diapensia lapponica, Arctostaphilos alpina, Juncus trifidus. Et
partout entre les roches le splendide tapis rose et doré tour à
tour des Sphaignes spongieuses et des Camarines enchevêtrées, tandis
que devant nous soudain, à travers la dentelure des mornes, apparaissait
la pénéplaine tabulaire de Langlade. Plus tard, cÎétait
la Belle-Rivière avec ses prairies couvertes dÎHoustonias bleues, sa pittoresque
vallée, bruissante du chant des Pinsons et des Mésanges, les bois
de Tête Pelée, les Graves, le Petit Barachois, lÎisthme de Langlade
avec la vieille ferme Larranaga en bardeaux gris comme défendue à
lÎentrée par une statue en bois, vieille proue dÎun de ces nombreux voiliers
qui firent naufrage au « cimetière des navires », non loin
dans le sable. Au déjeuner, invariablement, le dessert était ces
Fraises sauvages, servies à la crème, si abondantes dans les Ammophiles
des Buttereaux. LÎété, si bref, souvent brumeux, nous réservait
à Miquelon les excursions favorites: la presquÎîle du Cap et la Grande
Montagne. La Grande Montagne qui est le point culminant de lÎArchipel ne dépasse
pas en réalité 265 mètres dÎaltitude, mais de là tout
Miquelon se précise: immenses tourbières dans lesquelles des buissons
de conifères couleur émeraude sertissent des étangs bleus,
étang aux Outardes qui recueille les eaux de la région centrale,
étang aux Goélands, au pied dÎun morne en pain de sucre un peu penché
vers lÎouest, plus loin les sommets de la pointe au Cheval, en croupes plus ou
moins arrondies, Au-delà du morne de la PresquÎîle étincelle
la nappe du Grand Barachois, domaine des phoques que prolonge en flèche
de sable blond lÎisthme de Langlade. Alentour le morne de la Montée, celui
de Sylvain dominant une pittoresque vallécule, les bois sombres de Belliveau,
la vallée du Renard et dans la direction du bourg de Miquelon, vers le
nord, le grand étang de Mirande dominé par la silhouette solitaire
du Chapeau. De toute parts, une infinité dÎétangs constellent les
plaines tourbeuses où se cachent la Bécassine de Wilson dans les
Carex épais et la Truite dans les canaux. Nul mieux que Le Hors connaissait
ce pays: Saint-Pierre et Miquelon cÎest celà: mornes cahotiques, arides,
couverts de végétation courte, de marais riches en Orchidées
sphagnicoles: Calopogons graciles, Aréthuses bulbeuses, Pogonias mauves,
en Cypéracées multiples trahies par la houppe neigeuse des Linaigrettes.
LÎherbier que Mathurin Le Hors avait constitué au cours de ses randonnées,
sÎil nÎétait pas toujours dans un ordre parfait contenait souvent en vrac
de réelles richesses documentaires. Aussi se plaignait-il avec raison lorsquÎil
voyait arriver dans la colonie de jeunes fonctionnaires qui au bout de quelques
mois voulaient écrire des compte rendus sur lÎHistoire Naturelles des îles.
« Il y a ici un agronome qui a commencé un rapport sur la flore,
la géologie, la faune du pays. Pour la flore, il sÎest basé sur
Delamare, sans avoir vu une seule plante. Finalement il est venu me trouver et
je lui ai passé quelques notes, mais il nÎa pas eu la curiosité
de venir voir ma collection (Lettre du 26.2. 1948). Et cependant quelle valeur
documentaire avait-elle, cette collection ! Elle était le résumé
de tant dÎherborisations, de tant dÎobservations. Le Hors, minutieux, le regard
aigu, discernait au passage dans le fouillis herbeux lÎespèce qui lui manquait.
Il avait à un très haut degré le don de lÎobservation et
le souci du détail. On lui doit dÎavoir pu mener très loin lÎinventaire
phanérogamique de lÎArchipel. Sur le terrain, il avait une prédilection
marquée pour les Cypéracées: 26 espèces ou variétés
furent ainsi trouvées par lui, puis discutées avec les autorités
jusquÎà ce quÎil fut bien dÎaccord sur leur identité. A propos de
Carex hostiana DC. cité dans GrayÎs Manual pour Miquelon il écrivait:
« Le Frère Louis-Arsène avait soumis à Fernald des
Carex quÎil avait nommés C. hostiana, mais je nÎai pas remarqué
quÎil eut spécifié le type. CÎest possible. Il y en a même
quÎil appelait C. hostiana et qui pour moi ne lÎétaient pas du tout
». De même il avait difficilement admis le var. Lehorsii
dÎHabenaria orbiculata. Longtemps on avait classé cette plante sous
Habenaria hookeri. « Je nÎétais pas dÎavis écrivait-il,
mais de là à en faire une variété nouvelle il y a
loin. Tout cela revient selon moi à une adaptation à un nouvel habitat,
dans le cas actuel passage du sous-bois au plein air (lettre du 25 avril 1950).
Ceux qui un jour récolteront sur les pentes du Chapeau de Miquelon ou
les mornes dénudés du Cap à lÎAigle des spécimens
du var. Lehorsii dÎHabenaria orbiculata pourront se référer
à cette note de Mathurin Le Hors du 7 juillet 1950 : « JÎai en
herbier 4 genre de spécimens: 1° Feuilles rondes, 13 x 11 cm., posées
à plat sur le sol, tige et inflorescence 43 cm., inflorescence: 10 cm.
Grand bois de la Belle-Rivière. 2° Feuilles légèrement
allongées, 11 X 17 cm., posées à plat sur le sol tige et
inflorescence: 33 cm., inflorescence: 10 cm. Les Fourches, bois moins touffus
que précédemment. 3° Feuilles légèrement allongées,
11 x 17 cm. , situées à 3 ou 4 cm de la base légèrement
relevées au lieu dÎêtre à plat sur le sol. Tige et inflorescence
28 cm., inflorescence, 5 cm. Pentes du Chapeau de Miquelon qui furent jadis boisées.
4° Enfin les spécimens du Cap à lÎAigle décrits dans
Rhodora. Il semblerait que toutes ces variations sont commandées par
lÎhabitat. Les feuilles rondes et posées sur le sol dans les bois touffus
sÎallongent et se redressent dans les habitats plus éclairés. Le
givrage des feuilles, très prononcé en sous-bois est très
atténué à découvert ». Dans une lettre (décembre
1946) Fernald avait exprimé à Mathurin Le Hors son avis sur cette
plante décevante. « The so-called Habenaria hookeri is not
that. Its flowers and inflorescence are those of Habenaria orbiculata.
However it is not good orbiculata,, differing from that woodland plant
in its more crowded inflorescence, finer venation of leaves, shorter spur and
broader lip. I am calling it var. Lehorsii ». Dès notre
première visite sur le terrain du type constituant cette variété
nous étions dÎaccord que cette région aujourd'hui sévère
et nue avait été jadis boisée au moins par une forêt
naine et que cette plante avait subsisté en sÎadaptant de son mieux aux
conditions nouvelles dÎhabitat en plein air. Ces remarques pourront peut-être
contribuer à interpréter écologiquement ce que Fernald entend
par « transitional forms on bare mountainous areas of Western Newfoundland
». CÎest en juillet 1944 que Mathurin Le Hors rencontra Fernald qui le
retint à déjeuner. Ils avaient échangé quelques correspondances
et à plusieurs reprises le Gray Herbarium avait reçu du matériel
dÎétudes. « Je viens de passer une journée bien intéressante,
mÎécrivait Le Hors le soir même. Quand on a su que je venais de la
région terreneuvienne on mÎa amené au professeur Fernald, un petit
vieux à barbe blanche. Il a été tout de suite intéressé
par ce que je lui apportais: le Juncus acutiflorus Ehrh., de Langlade.
Laharpe mentionnait que de la Pylaie avait rapporté ce jonc de Terre-Neuve.
Depuis personne nÎen avait entendu parler. Aussi ce jonc va-t-il avoir lÎhonneur
dÎun entrefilet dans Rhodora ». Parmi les nombreuses et captivantes nouveautés
de la flore Saint-Pierre-miquelonnaise effectuées dÎune année à
lÎautre par Le Hors la découverte de Juncus acutiflorus dans la
savane humide du fond de lÎanse du Gouvernement le 23 juillet 1940 est sans conteste
la plus sensationnelle puisque cÎest lÎunique localité connue pour lÎAmérique
du Nord. La plante, comme lÎa remarqué le Frère Louis-Arsène
dépasse assez notablement toutes les dimensions données par les
flores européennes. A Langlade, elle atteint plus dÎun mètre, se
montre très vigoureuse par ses forts rhizomes. Peut-être encore une
future forme ou variété. Il est préférable de passer
sous silence par discrétion et sérénité les nombreuses
et parfois ridicules vexations dont Le Hors fut lÎobjet de la part de quelques
uns de ses compatriotes pendant la dernière guerre. Je lui citais quelquefois
pour lÎencourager le célèbre vers du poète breton Jean Pierre
CalloÎch: « nous sommes frères des rochers qui défendent la
douce Bretagne ». Son patriotisme était sincère et solide,
comme sa foi, mais il était dÎune simplicité telle quÎil avait horreur
de la vantardise. Un sourire de bonté éclairait ses yeux bleus:
le pardon à travers un brin de malice y joignait la pitié. Il
savait accueillir chez lui les capitaines de chalutiers et les marins des bancs
de Terre-Neuve. Et cÎest bien rare sÎil nÎavait pas une bouteille de cidre à
mettre sur la table. Il était hospitalier pour tous dans une cordialité
qui enlevait toute gêne. Toujours prêt à rendre service il
représentait volontiers les écoles libres aux examens officiels
nÎhésitant pas à ajouter ce surcroît de travail à ses
occupations déjà bien absorbantes. Le succès de nos écoles
lui tenait à coeur et bien que devenu ingénieur il était
resté professeur dans lÎâme. Rien ne le décourageait, pas
même une certaine ingratitude. Confident de ses soucis de famille, car
le deuil (la perte de sa femme pendant la guerre) et maintes épreuves ne
lui manquèrent pas, je dois avouer que lÎétude de ses chères
plantes lui fut un baume et un dérivatif, une échappée hors
du cercle du petit train-train quotidien et des inévitables mesquineries.
En 1948, Mathurin Le Hors fut nommé directeur de la station de la Western
Union à Saint-Pierre. Cette fonction à laquelle il accéda
sans ambition lui valut quelques jalousies, mais elle couronnait de longues années
dÎun service loyal ininterrompu dans la compagnie. Malheureusement dès
lÎannée suivante (novembre 1949) il fut mis à la retraite, la Western
Union faisant de mauvaises affaires avait décidé de remercier ses
employés de plus de 60 ans. Cette solution brusque et imprévue lÎaffecta
beaucoup, mais il sut faire contre mauvaise fortune bon coeur. Le Hors fit
un dernier voyage en France au début de 1951. Son fils aîné
Jean venait de passer avec succès son examen de Capitaine de la marine
marchande. On lui offrait à Saint-Pierre le commandement dÎun bateau de
400 tonnes qui devait faire du cabotage entre le Canada et Saint-Pierre et Miquelon.
Mathurin Le Hors décida donc de retourner à Saint-Pierre devenu
un peu nouveau pour lui parce quÎil vieillissait et que disparaissaient toutes
les anciennes figures. CÎest donc dans cette petite île si chère
pour lui à bien des égards quÎil devait vivre sa dernière
année au milieu dÎune famille qui grandissait en lÎappelant grand-père.
Il avait eu la consolation de voir ses grands fils réaliser leur rêve
de devenir capitaines au long cours et ses autres enfants bien instruits. Aussi
bien comptait-il pouvoir jouir dÎune longue retraite. Il se rendait souvent, lÎété
surtout, dans sa coquette villa de Savoyard à proximité dÎun grand
étang et de la mer. Ce fut de courte durée, malgré les soins
assidus des « cousines » qui lÎaffectionnaient beaucoup en mémoire
de M. Louis Hardy, le beau-père, homme de grand conseil et jugement. Le
22 septembre 1952, Mathurin Le Hors succombait à une inflammation du pancréas,
muni des sacrements de lÎÉglise. Son fils Jean qui mÎannonça plus
tard la triste nouvelle naviguant dans les eaux canadiennes avait appris ensemble
la naissance dÎun second enfant et la mort de son père. Pieusement convenait-il
de déposer sur sa tombe cette modeste couronne qui doit être pour
ses parents, ses amis, les botanistes qui lÎon connu et apprécié
le sincère témoignage dÎune longue et indéfectible amitié.
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