St Pierre et Miquelon
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TEXTE TRADUIT PAR: ANDRE LAFARGUE -LE 6 OCTOBRE 2003

NOTE DU TRADUCTEUR: Je ne prétends pas être un traducteur professionnel. Le lecteur averti remarquera des 'lourdeurs' de phrases. Celles - ci reflètent le style employé par l'auteur.

TEXTE MIS EN PAGE PAR MARC CORMIER

VERSION ORIGINALE EN ANGLAIS DISPONIBLE SUR:

http://ngb.chebucto.org/Articles/jukes-03.shtml

TRADUCTION DU PASSAGE DE JOSEPH BEETES JUKES A ST PIERRE ET MIQUELON DURANT L'ETE 1839.

La version anglaise du texte de Jukes a été retranscrite sur le site de Newfoundland Grand Banks par Bill Grant en 2000. Joseph Beetes Jukes était un géologue envoyé en mission à Terre Neuve par la Geneological Society of London. 

Le 1er août - Brouillard épais, si épais que l'on ne pouvait voir à 20 verges dans toutes les directions. Vers 11 heures lors d'une éclaircie on vit la terre droit devant qui s'est avérée être les Iles de Lawn, le courrant nous ayant faire dériver plus vers la terre que nous le pensions. Le brouillard nous entoura encore et le vent se rafraîchit avec un peu de clapotis. Vers six heures on se retrouva près de la terre au pied d'une falaise élevée et dénudée, au sommet de laquelle le brouillard tourbillonnait pour en cacher les  formes. Nous en conclûmes que ça devait être St Pierre mais puisque personne parmi nous n'y avait mis les pieds auparavant, nous ne sommes pas aventurés dans le port qui est étroit et rocailleux alors nous avons attendu. Apres avoir essayé vainement d'entrer encore une fois avant la nuit nous nous sommes mis à la cap S-SE, avec une petite brise de Suroît et une mer agitée. A minuit nous avons calculé avoir parcouru 15 à 20 miles dans la direction inverse de celle où l'on voulait aller.

Le 2 août - En attente de voir la terre encore, le brouillard étant toujours si épais.  Nous accostâmes un petit bateau de pêche à l'ancre et nous trouvâmes alors que le courrant qui était très fort dans la Baie de Fortune entre St Pierre et Terre Neuve nous avait fait dériver près de la terre ou les falaises rocailleuses sont très dangereuses et s'avancent loin dans la mer jusqu'à 2 ou 3 miles. Par chance nous avions atteint un endroit ou nous avions le petit port de Lamaline sous le vent , et en suivant les instructions des pêcheurs qui consistaient a garder un caillou a tribord et un autre a bâbord et ensuite en remontant vent debout nous avons trouvé des eaux plus calmes où on a jeté l'ancre. Le brouillard étant toujours très dense nous n'avions aucune idée où nous étions.  Nous entendions de temps en temps des voix et quand le brouillard s'est levé un peu nous distinguâmes une forêt de mats de bateaux  sur un de nos cotés. C'était des grands bateaux qui attendaient que la brume se lève pour partir sur les fonds de pêche.  Alors une forme vague de terre se montra et nous nous trouvâmes à l'abri entre deux îles dans un petit havre  entouré de terrains plats et marécageux  d'un coté et de l'autre remontant un peu vers des collines basses dénudées et rocailleuses. Nous fûmes forcés d'y rester jusqu'à l'après midi du 4 août à cause des vents forts soufflant de l'ouest,   quand finalement, impatient, je décidais de faire route sur St Pierre. Il y avait un nombre considérable de maisons à Lamaline mais le bois de chauffage se faisant rare les habitants déménagent l'hiver dans la Baie de Fortune. Deux hommes avaient environ chacun 50 bêtes à cornes  qui broutaient dans les marais où poussait une herbe rase. Il y avait un petit marais d'eau saumâtre au fond du port qui se remplissait d'eau de mer à marée haute et que les locaux appelait un « Barrasway » ( barachois). Ce terme est communément employé sur toute la Côte Sud pour ce genre de marais saumâtre. On l'épelle en français « barachois »  sur toutes les cartes et c'est, j'en conclue, un terme normand. Une goélette de Nouvelle Ecosse la «  Betsy of Halifax » est entrée au port de Lamaline quand nous y étions. Elle était chargée de porc, mélasse, rhum, articles de magasins,  et des tous derniers articles de broderies, tissus, rubans, gants chaussures etc' Elle faisait du troque  le long de la côte sud contre du poisson séché et son propriétaire en me parlant pointa du doigt un pauvre pêcheur qui disait-il lui devait 100 livres et à qui il demanda immédiatement de payer ses dettes. Je fus surpris de voir à quel point il pouvait faire confiance à ces propriétaires de maisons si délabrées. Les marchants du coin se plaignaient de ces marchants flottants, qu'ils considèrent comme des marchants interlopes, et qui souvent avec du rhum et des joailleries arrivaient à soutirer des pêcheurs le poisson qui leur était déjà  dûment destiné pour des marchandises déjà reçues.  Cette pratique cependant peut avoir du bon comme j'aurais l'occasion d'en parler dans mon rapport sur le commerce. De toute façon le capitaine du Betsy ne donnait pas aux gens du coin des bons points de caractères. Il raconta qu'un hiver ou il avait fait naufrage a Point au Gaul, à quelques miles plus à l'est, il avait tout perdu et en marchant presque tout nu dans la neige pour essayer de récupérer des vêtements du naufrage, deux ou trois hommes descendirent pour racoller sans aucun scrupules des articles sur la grève et ne voulurent les lui rendre quand il leur demanda. 

Le 5 août - Après avoir été secoués par les vagues pendant plus de 30 heures nous réussîmes enfin à atteindre l'entrée du port de St Pierre juste avant la nuit. Un officier subordonné arriva sur le bateau de garde ( en fait une goélette avec 4 canons ), il nous montra où mettre à l'ancre et il demanda à connaître la raison de notre visite. Je lui donnais ma carte de visite et il revint promptement avec le capitaine du bateau de garde qui était le chef de Port. Il parlait un peu anglais et je parlais un peu français. Il se conduit très civilement et me promit d'informer le commandant de mon arrivée et me demanda d'attendre de le revoir avant de débarquer. Le lendemain matin avant mon réveil,  un marin vint à bord pour m'informer que le commandant désirait me rencontrer pour midi. Quand je me présentais chez lui, je trouvais un vieil homme très intelligent qui avait été l'aide de camp du Maréchal Ney.  Il était plein de civilités et il m'invita à dîner.  J'appris que le « Cleopatra » du capitaine Lushington, la frégate de service à Terre Neuve avait quitté St Pierre le jour d'avant. Je fus déçu car j'aurais aimé faire la connaissance du navire et de ses officiers. Les îles de Saint Pierre,  Miquelon et Langlade sont les seules possessions françaises dans cette partie du monde. Le port de St Pierre consiste en une entrée protégée de la plupart des vents par des îles et des rochers et un port intérieur protégé par une barre qui ne laisse entrer que des bateaux de moins de 200 tonnes. D'un côté de ce port se trouve la ville qui consiste de quelques rues étroites avec des maisons de bois, dont seulement quelques unes ont deux étages, et plusieurs ruelles de dimensions différentes. La maison du commandant est d'une taille tolérable, construite en bois, avec plusieurs appartements confortables, avec une petite esplanade et deux canons et une ou deux sentinelles devant la porte. Par décret de traité les Français n'ont pas le droit d'élever des fortifications et n'ont pas le droit d'avoir plus de 50 hommes de garnison sur l'île à la fois. Il y avait 2 ou 3 grands bricks et un navire dans les chenaux de sortie du port, et plusieurs petites embarcations, bricks et goélettes dans le port intérieur avec plusieurs plus gros bateaux. Ils ont des règlements stricts dans le port. Aucun bateau anglais n'a le droit de rentrer au port avec une cargaison de poisson, sous peine d'être saisi et aucun Anglais n'a le droit d'y amener des denrées ou des produis manufacturés ou d'ouvrir un commerce dans la ville. Il y a cependant un entrepôt américain qui appartient à Atherton et Thorne, qui semblait faire un important business.  L'île de St Pierre consiste presque essentiellement en syénite et elle est dénudée à l'extrême. C'est une masse de monticules rocailleux avec des collines qui s'élèvent de 400 à 500 pieds et qui donnent directement sur la mer. Les vallées et les parties aplaties consistent principalement en marécages et petits étangs, et il n'existe plus un arbre de plus de 6 pieds de haut sur l'île, seuls survivent quelques buissons de sapin. C'est avec grandes difficultés qu'ils ont réussi à racoler assez de terre à jardin autour de la ville pour y faire pousser quelques choux. Ils sont essentiellement dépendants de Langlade et de Miquelon ou des villages anglais de la Baie de Plaisance ou de ceux de la Baie de Fortune pour se ravitailler en bois de chauffage. Ils reçoivent leurs légumes de Boston ou de l'Ile du Prince Edouard.

Le 7 août - Avons fait route tôt ce matin par bateau pour nous rendre à Langlade, où le commandant m'avait dit avoir une résidence d'été ayant un caractère bien plus agréable que celle de St Pierre puisqu'entourée d'une campagne bien plus agréable et fertile.  Juste au Nord de St Pierre et séparée par un étroit petit chenal, se trouve une petite île appelée le Colombier. Sa ressemblance à un vrai colombier lui vient du fait qu'on y trouve toute une colonie de macareux qui s'y reproduisent et qui voltigent toujours en groupes. De là il nous a fallu haler dur pendant trois miles dans le vent fort pour atteindre les falaises de «  Langley »  comme les Anglais appellent la Petite Miquelon des Français. Nous avons fait à la rame le tour du Cap Percé qui tient son nom d'une arche rocailleuse et sommes entrés dans une large anse qui s'étend entre Langlade et la grande île de Miquelon. Le paysage y est très pittoresque, surtout sur le coté Ouest où descendent les collines couvertes de mousse et de verdure avec des bosquets de  petits arbres puis avec des masses de plus grands bois de meilleure apparence que d'ordinaire qui couvrent des étendues plates qui s'étalent vers le Nord où se trouve une plage de sable extrêmement fin reliant les deux îles de la Petite et de la Grande Miquelon.  Il n'y a pas plus de 60 ou 70 ans ces deux îles étaient bien distinctes et sur les vieilles cartes on remarque bien un chenal bien distinct de 2 brasses. Ce chenal est maintenant comblé  et il est remplacé par une petite colline de sable avec une plage de chaque côté. Il est bien connu que même récemment des bateaux en détresse essayaient de trouver ce chenal et s'échouaient sur la plage. En marchant sur la plage Ouest de ce filet de sable on trouva les épaves de trois bateaux à un endroit où les vents de suroît sont particulièrement dangereux tout spécialement par temps de brouillard. J'ai vraiment apprécié cette marche sur la dune de sable, la seule marche que j'ai pu faire sur une plage depuis mon arrivée à Terre-Neuve et aussi le seul endroit (sauf sur les routes de St John's) où il m'était de possible de marcher la tête haute sur un endroit tout plat, comme à mon habitude, sans avoir à regarder par terre sur les chemins rocailleux et sans avoir peur de me retrouver le nez à plat sur la route. Il était très rafraîchissant de pouvoir marcher correctement un pied devant l'autre sans avoir à louvoyer parmi des buissons ou à trébucher dans des marais. Aux abords immédiats de cette dune se trouvait un grand marais où je tuais une demi-douzaine de bécassines en compensation de la fatigue qu'il m'affligeât. Une partie de ce marais avait été drainé et converti en pâturage pour les moutons et les bovins. Il existe d'autres marais plus au Nord vers Miquelon où l'on y élève  assez de bétail pour approvisionner St Pierre et la population des alentours.

La maison du commandant se trouve sur une élévation du coté sud de l'Anse près d'une rivière paisible et dans un cadre charmant. Près de là se trouve une petite maison où habitent deux gendarmes qui s'occupent des prémisses. Un des gendarmes dénommé Ducroix, était marié à une jeune irlandaise, dont l'histoire était bien remarquable. Elle avait quitté l'Irlande avec son père et son oncle quand le choléras y faisait rage et elle était parti à Québec avec eux.  En arrivant à Québec ils découvrirent que le choléras  y était aussi et ils se rendirent à Montréal où il était encore pire. A Montréal son père et son oncle subirent une attaque du choléras et en moururent la laissant seule dans une Terre étrangère.  Elle réussit à revenir sur Québec où elle se procura un passage sur un bateau qui retournait en Irlande, pour y retrouver ses amis ; mais le bateau fit naufrage sur la plage de Langlade un jour de tempête et l'équipage et les passagers furent sauvés à l'honneur. Une fois ici, seule et sans le sou  on la persuada de se marier avec LE gendarme qui était présent sur les lieux du naufrage et qui lui sauva la vie.  C'était il y a six ans et elle avait maintenant quatre enfants. Sa période de service étant presque terminée, il espérait rentrer en Europe à l'automne suivant et elle espérait pouvoir revoir ses amis.  Ils furent très accueillants et ils nous donnèrent une miche de pain et des laitues, des cadeaux non méprisables à faire à des gens de mer comme nous.

Le 8 août - Après avoir profité d'un séjour dans un port français en faisant   provision de d'un stock de vin et de brandy nous partîmes de St Pierre vers la mi-journée avec un vent de sud-est et d'une pluie épaisse.  On pouvait tout juste voir la forme du Cap de Miquelon quand nous avons contourné la partie Nord de l'Ile et nous partîmes dans le brouillard dans une direction ouest-nordouest.

 
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