| ANNEXE APERCU HISTORIQUE SUR
LA MONNAIE A SAINT-PIERRE ET MIQUELON : L'histoire rapporte que l'inventeur
du "papier monnaie" fut KOUBILA–-KHAN, illustre Empereur Mongol de la Chine au
XIIIème siècle de notre ère (et bien connu de nous par le
livre des Merveilles de Messire MARCO POLO). Mais c'est sous Louis XIV
et au CANADA français, que fut pour la première fois expérimenté,
dans un pays occidental, une sorte de papier monnaie. L'intendant Jacques de Meulles
étant dépourvu de monnaie métallique, eût l'idée
de la remplacer pour ses paiements, par... des cartes à jouer. Revêtues
de son sceau et d'une mention de valeur, il leur donne cours forcé et les
fit circuler en attendant l'arrivée des fonds provenant de France.
Depuis cette époque, le papier monnaie a fait des apparitions de plus en
plus fréquentes et a été mêlé à la vie
des peuples et des Etats à travers bien des vicissitudes politiques et
économiques. D'abord instrument exceptionnel d'échange, simple
substitut de l'or ou de l'argent, ce n'est qu'au terme d'une longue évolution
qu'il a acquis vis- à-vis du métal, son indépendance, constatée
seulement en 1971 par la suppression de la convertibilité en or du dollar
U.S., promu au rang et aux charges de monnaie internationale de réserve.
C'est à dire que, dans un petit "établissement" comme les îles
SAINT-PIERRE ET MIQUELON, les monnaies en usage sous l'Ancien Régime ont
été des pièces d'or, d'argent ou de billon, frappées
aux effigies des souverains régnants, français, anglais, espagnols
: livres, deniers et sols du Roi de France guinées ; sovereigns et pennies
anglais, douros espagnols et pesos mexicains, enfin dollars américains
dont l'importance allait s'accroître au long du XIX siècle.
Cependant, lorsque le Traité de Paris de 1815 rendit les îles à
la France (en échange de l'île Maurice), les "Napoléons" de
l'Empire et les "Ecus" de la Monarchie furent pendant une partie du XIXème
siècle les seules monnaies officielles et, à part l'épisode
révolutionnaire des "assignats ", c'est seulement sous Napoléon
III qu'on voit apparaître les "billets de banque" et les "chèques"
dont la mise en service dans l'Archipel fut décidée par un "senatus
consulte" de 1860. Toutefois, certaines difficultés de communication
devaient poser des problèmes d'approvisionnement du Trésor local
et, c'est probablement pour cette raison, que lors de la création en 1889
de la BANQUE DES îLES SAINT-PIERRE ET MIQUELON, un privilège d'émission
lui fût accordé. Mais en émettant cette monnaie, la banque
tenait compte d'une situation particulière qui montre bien le rôle
joué par le dollar U.S. dans les transactions commerciales locales. Le
dollar étant la monnaie "utile" dans les échanges, les valeurs des
coupures émises en francs, étaient calculées par référence
au dollar. La première émission eut lieu le 19 août 1890 avec
des billets de 27 francs et 54 francs (correspondant respectivement à 5
et 10 dollars U.S.). L'ensemble des émissions comporta 4 000 billets de
27 francs et 2 000 billets de 54 francs. Cette "équivalence" n'était
pas à vrai dire, un "alignement", mais une simple commodité de calcul
qui montre cependant la stabilité monétaire basée sur l'étalon
or. Beaucoup plus tard, après la guerre de 1940-45 et d'une autre
manière, on retrouve une mise en parallèle du dollar et du franc
avec une monnaie d'Outre Mer, le "Franc Djibouti" de la Côte Française
des Somalis. Quoi qu'il en soit, les billets de la BANQUE DES îLES
circulèrent jusqu'après la Guerre de 1914-1918 et, retirés
de la circulation, ils furent remplacés par les billets "Banque de France"
nationaux. Ces derniers eurent cours légal jusqu'en 1942, date du ralliement
à la France Libre. Ce fut naturellement la Caisse Centrale de la
France Libre, créée en 1941 par le Général de Gaulle,
qui fut chargée par l'Ordonnance nØ 36 du 4 décembre 1942, d'assurer
la couverture monétaire dans les îles, le cours légal étant
retiré aux billets "Banque de France" à compter du 11 janvier 1943.
Le privilège d'émission fut confirmé à la Caisse Centrale
de la France d'Outre-Mer par Ordonnance du 2 février 1944. En 1945,
tenant compte de la situation économique de l'ensemble d'Outre-Mer français
après la guerre, le Gouvernement créait des unités monétaires
à parités différentes : Franc des Colonies Françaises
du Pacifique (C.F.P.) - Franc des Colonies Françaises d'Afrique (C.F.A.).
Le Franc de Saint-Pierre et Miquelon était inclus dans le Groupe C.F.A.,
à raison de 100 Francs (surchargés Saint-Pierre et Miquelon) C.F.A.
pour 170 Francs métropolitains, parité portée en 1948 à
200 Francs métro. Cette différence de parité constatait
en quelque sorte le pouvoir d'achat supérieur des francs ultramarins. Mais,
en ce qui concerne Saint-Pierre et Miquelon, elle ne fut pas suffisante pour enrayer
la hausse des prix locaux résultant des importations en zone dollar, alors
que la monnaie nationale française était en dévaluation permanente.
C'est pourquoi fut institué peu après un Fonds de Compensation créé
par décret, atténuant les variations de prix pour les denrées
de première nécessité provenant de cette zone. En
1959, vint le Franc PINAY (lourd), la stabilisation monétaire et la croissance
à peu près ininterrompue (de 1958 à 1973). On peut dire que
la création du Franc lourd et la poussée économique française
faisait perdre au Franc C.F.A sa signification originelle. Il ne valait plus en
effet que 0,02 centimes. Toutefois, à Saint-Pierre et Miquelon, il continuait
à jouer dans les transactions locales un certain rôle de frein à
la hausse des prix. En effet, pour toute une génération de consommateurs,
100 Francs C.F.A. symbolisaient un pouvoir d'achat beaucoup mieux que 2 Francs
PINAY. Quoi qu'il en soit, en 1973, le Franc C.F.A. de Saint-Pierre et
Miquelon était supprimé et remplacé par le Franc "lourd",
le service de l'émission étant confié à l'institut
d'Emission Outre-Mer, correspondant de la Banque de France, relayé en 1978
par l'institut d'Emission des Départements d'Outre-mer à la suite
de la Départementalisation de Saint-Pierre et Miquelon (loi du 19 juillet
1976). Quant à la monnaie métallique, elle continuait à être
émise par le Trésor avec les mêmes pièces qu'en Métropole
jusqu'en 1979, date à laquelle le Trésor fut remplacé par
l'Agence locale de l'Institut d'Emission. Pendant très longtemps
simple reflet de l'or, le signe monétaire est devenu aujourd'hui, une représentation
de la situation économique, mais aussi un baromètre de la confiance,
voire même, le symbole de la valeur d'une orientation financière.
De ce point de vue, le Franc C.F.A. de nos îles, qui accompagna leur essor
après la guerre de 1940-1945 pendant près de 30 ans, était
devenu synonyme de croissance continue dans la stabilité des prix.
1973, l'année de sa suppression, va être malheureusement, par une
accumulation de circonstances, un tournant économique dangereux pour l'Archipel.
C'est en effet à la même date, fin 1973, que se produit le premier
"choc" pétrolier qui quadruple le prix de l'or noir et bouscule la croissance
des pays industrialisés. C'est la même année qu'est
"gelé" le Fonds de Compensation, stabilisateur local des prix à
la consommation. Ainsi donc, les digues édifiées pour protéger
Saint- Pierre et Miquelon contre les effets des variations monétaires,
se trouvaient supprimées au moment même ou le plus grand besoin s'en
faisait sentir par suite du raz de marée pétrolier. Le fragile
équilibre des prix et des salaires était rompu par la tourmente,
engageant l'économie locale dans une spirale inflationniste, amplifiée
encore par la deuxième crise pétrolière de 1979-1980.
Vue dans cette perspective, la longue période du Franc C.F.A. apparaissait
en 1980 comme une sorte "d'ëge d'or". Mais nous sommes entrés depuis dix
ans dans une ère de stabilité monétaire, et de réduction
des prix pétroliers, dont l'effet a été, malheureusement
pour nous contrebalancé par la sous-évaluation du dollar, défavorable
aux exportations et au tourisme. Georges POULET. |