St Pierre et Miquelon
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SAINT-PIERRE ET MIQUELON

Présentation par Georges Poulet
ACADEMIE DES SCIENCES D'OUTRE MER

L'Archipel inconnu.

UN PEU DE GEOGRAPHIE

LA DECOUVERTE

L'ANCIEN REGIME ET LA RIVALITE FRANCO- ANGLAISE

LA REVOLUTION ET L'EMPIRE

LE RETOUR

L'ORGANISATION

LA PECHE ET LA MARINE A VOILES

LES ANNEES 1880

LE DECLIN DE 1904

PREMIERE GUERRE MONDIALE ET PROHIBITION

LA CRISE DE 1934

L'APRES-GUERRE: RETOUR DE LA DEMOCRATIE ELECTIVE

EXPANSION DE LA PECHE INDUSTRIELLE - 1950 - 1980

L'HORIZON S'ASSOMBRIT A TRAVERS LES STATUTS

DEPARTEMENTALISATION (1976-1985)

DECENTRALISATION - STATUT HYBRIDE MAIS SUR MESURE

UNE ZONE ECONOMIQUE REDUITE - UNE RESSOURCE QUI DISPARAîT

1993 - LE MORATOIRE CANADIEN

L'AVENIR

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VIE CULTURELLE

ANNEXE - APERCU HISTORIQUE SUR LA MONNAIE A SAINT-PIERRE ET MIQUELON

CURRICULUM VITAE

ANNEXE

APERCU HISTORIQUE SUR LA MONNAIE A SAINT-PIERRE ET MIQUELON :

L'histoire rapporte que l'inventeur du "papier monnaie" fut KOUBILA–-KHAN, illustre Empereur Mongol de la Chine au XIIIème siècle de notre ère (et bien connu de nous par le livre des Merveilles de Messire MARCO POLO).

Mais c'est sous Louis XIV et au CANADA français, que fut pour la première fois expérimenté, dans un pays occidental, une sorte de papier monnaie. L'intendant Jacques de Meulles étant dépourvu de monnaie métallique, eût l'idée de la remplacer pour ses paiements, par... des cartes à jouer. Revêtues de son sceau et d'une mention de valeur, il leur donne cours forcé et les fit circuler en attendant l'arrivée des fonds provenant de France.

Depuis cette époque, le papier monnaie a fait des apparitions de plus en plus fréquentes et a été mêlé à la vie des peuples et des Etats à travers bien des vicissitudes politiques et économiques.

D'abord instrument exceptionnel d'échange, simple substitut de l'or ou de l'argent, ce n'est qu'au terme d'une longue évolution qu'il a acquis vis- à-vis du métal, son indépendance, constatée seulement en 1971 par la suppression de la convertibilité en or du dollar U.S., promu au rang et aux charges de monnaie internationale de réserve.

C'est à dire que, dans un petit "établissement" comme les îles SAINT-PIERRE ET MIQUELON, les monnaies en usage sous l'Ancien Régime ont été des pièces d'or, d'argent ou de billon, frappées aux effigies des souverains régnants, français, anglais, espagnols : livres, deniers et sols du Roi de France guinées ; sovereigns et pennies anglais, douros espagnols et pesos mexicains, enfin dollars américains dont l'importance allait s'accroître au long du XIX siècle.

Cependant, lorsque le Traité de Paris de 1815 rendit les îles à la France (en échange de l'île Maurice), les "Napoléons" de l'Empire et les "Ecus" de la Monarchie furent pendant une partie du XIXème siècle les seules monnaies officielles et, à part l'épisode révolutionnaire des "assignats ", c'est seulement sous Napoléon III qu'on voit apparaître les "billets de banque" et les "chèques" dont la mise en service dans l'Archipel fut décidée par un "senatus consulte" de 1860.

Toutefois, certaines difficultés de communication devaient poser des problèmes d'approvisionnement du Trésor local et, c'est probablement pour cette raison, que lors de la création en 1889 de la BANQUE DES îLES SAINT-PIERRE ET MIQUELON, un privilège d'émission lui fût accordé. Mais en émettant cette monnaie, la banque tenait compte d'une situation particulière qui montre bien le rôle joué par le dollar U.S. dans les transactions commerciales locales. Le dollar étant la monnaie "utile" dans les échanges, les valeurs des coupures émises en francs, étaient calculées par référence au dollar. La première émission eut lieu le 19 août 1890 avec des billets de 27 francs et 54 francs (correspondant respectivement à 5 et 10 dollars U.S.). L'ensemble des émissions comporta 4 000 billets de 27 francs et 2 000 billets de 54 francs. Cette "équivalence" n'était pas à vrai dire, un "alignement", mais une simple commodité de calcul qui montre cependant la stabilité monétaire basée sur l'étalon or.

Beaucoup plus tard, après la guerre de 1940-45 et d'une autre manière, on retrouve une mise en parallèle du dollar et du franc avec une monnaie d'Outre Mer, le "Franc Djibouti" de la Côte Française des Somalis.

Quoi qu'il en soit, les billets de la BANQUE DES îLES circulèrent jusqu'après la Guerre de 1914-1918 et, retirés de la circulation, ils furent remplacés par les billets "Banque de France" nationaux. Ces derniers eurent cours légal jusqu'en 1942, date du ralliement à la France Libre.

Ce fut naturellement la Caisse Centrale de la France Libre, créée en 1941 par le Général de Gaulle, qui fut chargée par l'Ordonnance nØ 36 du 4 décembre 1942, d'assurer la couverture monétaire dans les îles, le cours légal étant retiré aux billets "Banque de France" à compter du 11 janvier 1943. Le privilège d'émission fut confirmé à la Caisse Centrale de la France d'Outre-Mer par Ordonnance du 2 février 1944.

En 1945, tenant compte de la situation économique de l'ensemble d'Outre-Mer français après la guerre, le Gouvernement créait des unités monétaires à parités différentes : Franc des Colonies Françaises du Pacifique (C.F.P.) - Franc des Colonies Françaises d'Afrique (C.F.A.). Le Franc de Saint-Pierre et Miquelon était inclus dans le Groupe C.F.A., à raison de 100 Francs (surchargés Saint-Pierre et Miquelon) C.F.A. pour 170 Francs métropolitains, parité portée en 1948 à 200 Francs métro.

Cette différence de parité constatait en quelque sorte le pouvoir d'achat supérieur des francs ultramarins. Mais, en ce qui concerne Saint-Pierre et Miquelon, elle ne fut pas suffisante pour enrayer la hausse des prix locaux résultant des importations en zone dollar, alors que la monnaie nationale française était en dévaluation permanente. C'est pourquoi fut institué peu après un Fonds de Compensation créé par décret, atténuant les variations de prix pour les denrées de première nécessité provenant de cette zone.

En 1959, vint le Franc PINAY (lourd), la stabilisation monétaire et la croissance à peu près ininterrompue (de 1958 à 1973). On peut dire que la création du Franc lourd et la poussée économique française faisait perdre au Franc C.F.A sa signification originelle. Il ne valait plus en effet que 0,02 centimes. Toutefois, à Saint-Pierre et Miquelon, il continuait à jouer dans les transactions locales un certain rôle de frein à la hausse des prix. En effet, pour toute une génération de consommateurs, 100 Francs C.F.A. symbolisaient un pouvoir d'achat beaucoup mieux que 2 Francs PINAY.

Quoi qu'il en soit, en 1973, le Franc C.F.A. de Saint-Pierre et Miquelon était supprimé et remplacé par le Franc "lourd", le service de l'émission étant confié à l'institut d'Emission Outre-Mer, correspondant de la Banque de France, relayé en 1978 par l'institut d'Emission des Départements d'Outre-mer à la suite de la Départementalisation de Saint-Pierre et Miquelon (loi du 19 juillet 1976). Quant à la monnaie métallique, elle continuait à être émise par le Trésor avec les mêmes pièces qu'en Métropole jusqu'en 1979, date à laquelle le Trésor fut remplacé par l'Agence locale de l'Institut d'Emission.

Pendant très longtemps simple reflet de l'or, le signe monétaire est devenu aujourd'hui, une représentation de la situation économique, mais aussi un baromètre de la confiance, voire même, le symbole de la valeur d'une orientation financière. De ce point de vue, le Franc C.F.A. de nos îles, qui accompagna leur essor après la guerre de 1940-1945 pendant près de 30 ans, était devenu synonyme de croissance continue dans la stabilité des prix.

1973, l'année de sa suppression, va être malheureusement, par une accumulation de circonstances, un tournant économique dangereux pour l'Archipel.

C'est en effet à la même date, fin 1973, que se produit le premier "choc" pétrolier qui quadruple le prix de l'or noir et bouscule la croissance des pays industrialisés.

C'est la même année qu'est "gelé" le Fonds de Compensation, stabilisateur local des prix à la consommation.

Ainsi donc, les digues édifiées pour protéger Saint- Pierre et Miquelon contre les effets des variations monétaires, se trouvaient supprimées au moment même ou le plus grand besoin s'en faisait sentir par suite du raz de marée pétrolier.

Le fragile équilibre des prix et des salaires était rompu par la tourmente, engageant l'économie locale dans une spirale inflationniste, amplifiée encore par la deuxième crise pétrolière de 1979-1980.

Vue dans cette perspective, la longue période du Franc C.F.A. apparaissait en 1980 comme une sorte "d'ëge d'or". Mais nous sommes entrés depuis dix ans dans une ère de stabilité monétaire, et de réduction des prix pétroliers, dont l'effet a été, malheureusement pour nous contrebalancé par la sous-évaluation du dollar, défavorable aux exportations et au tourisme.

Georges POULET.


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