| SAINT-PIERRE
ET MIQUELONPrésentation par Georges PouletACADEMIE DES
SCIENCES D'OUTRE MER |
L'Archipel
inconnu. UN PEU DE GEOGRAPHIE LA
DECOUVERTE L'ANCIEN REGIME ET LA RIVALITE FRANCO- ANGLAISE
LA REVOLUTION ET L'EMPIRE LE RETOUR
L'ORGANISATION LA PECHE ET LA
MARINE A VOILES LES ANNEES 1880 LE
DECLIN DE 1904 PREMIERE GUERRE MONDIALE ET PROHIBITION
LA CRISE DE 1934 L'APRES-GUERRE:
RETOUR DE LA DEMOCRATIE ELECTIVE EXPANSION DE LA PECHE
INDUSTRIELLE - 1950 - 1980 L'HORIZON S'ASSOMBRIT A TRAVERS
LES STATUTS DEPARTEMENTALISATION (1976-1985) DECENTRALISATION
- STATUT HYBRIDE MAIS SUR MESURE UNE ZONE ECONOMIQUE
REDUITE - UNE RESSOURCE QUI DISPARAîT 1993 - LE
MORATOIRE CANADIEN L'AVENIR PERSPECTIVES
VIE CULTURELLE ANNEXE - APERCU
HISTORIQUE SUR LA MONNAIE A SAINT-PIERRE ET MIQUELON CURRICULUM
VITAE | PERSPECTIVES : Au terme
de la troisième grande crise que traversent ces îles depuis un siècle
(1904-1934-1994), l'avenir fait entrevoir trois perspectives: - La première,
c'est la jeunesse envolée faute d'emplois modernes, ou avachie sur place
par un train-train sans espoir, et quelques retraités contemplant mélancoliquement
des grues rouillées dans un port désert. - La deuxième,
c'est MACAO : un pavillon français vassalisé flottant sur des intérêts
canadiens. On peut se poser la question. En effet, l'accord de Coopération
Régionale franco-canadien, signé le 2 décembre 1994, qui
a mis fin à la guerre de la morue, pourrait déboucher sur une absorption
par le grand voisin. Il faut que des contrepoids très précis soient
mis en place pour maintenir à cette coopération un caractère
partenarial. Les relations régionales entre l'Archipel et les Provinces
Atlantiques ont toujours existé, avec ces vicissitudes diverses, depuis
1816. Jusqu'en 1904, la France disposait de droits de pêche et de
travail sur les côtes de Terre-Neuve (French Shore), alors colonie britannique.
De ce fait, la Marine Nationale française y était représentée
en permanence, et souvent avec plus de fréquence que la Marine de Sa Majesté.
Le voyage du GASSENDl, en 1857, avec GOBINEAU, en est un exemple. Il s'appuyait
sur la Station Navale Française de la région. A partir de
1904, la fin du French Shore entraîne la raréfaction de notre marine,
mais les conflits avec les Anglais de Terre-Neuve perdurent, à propos de
la "boëtte" notamment, ainsi que des lieux de pêche, conflits qui remontent
parfois jusqu'aux Chancelleries, mais toujours avec l'Angleterre. Après
la guerre de 14-18, la période "prohibition" peut être considérée
comme une forme très spéciale de coopération régionale.
En tout cas, elle diminue l'importance de la pêche et enrichit le Territoire,
dont la prospérité contraste avec la misère de la colonie
de la Couronne, et de nombreuses jeunes filles viennent travailler à Saint-Pierre.
Elles s'y marient, d'où un certain nombre de cousinages terre-neuviens.
En 1934, fin de la prohibition. Misère à Saint-Pierre encore
plus qu'à Terre-Neuve. Cette colonie devient en 1949, par référendum,
la 10ème province de la Confédération Canadienne. Le Canada
devient donc le voisin immédiat de l'Archipel. Cependant, il ne commence
à s'intéresser aux relations régionales qu'à partir
de 1972 et de l'extension des zones économiques maritimes à 200
milles. Ces relations sont évidemment axées autour de la
pêche, mais, du fait de sa proximité et de ses besoins, l'Archipel
est un client commercial non négligeable pour Halifax, Sydney ou St John's
(80 millions de dollars canadiens). Cette coopération commerciale de fait
existe donc par l'intermédiaire des importateurs et consignataires saint-pierrais.
Obnubilé par le conflit de la zone maritime, les doléances des
pêcheurs saint-pierrais, et l'importance de gros contrats commerciaux franco-
canadiens, le Gouvernement français a longtemps négligé cet
aspect des relations régionales. | La fin
du conflit de la morue, et l'accord intervenu à ce sujet (que les Saint-Pierrais
trouvent insuffisant), ont fourni au Ministre des DOM-TOM, Dominique PERBEN, l'occasion
d'officialiser et de développer les échanges de Saint- Pierre avec
ses voisins en les étendant au-delà des relations purement commerciales.
Cette nouvelle orientation a été accueillie avec une certaine réserve,
du côté Archipel, où l'on soupçonne facilement le Gouvernement
de vouloir nous jeter dans les bras canadiens pour mieux nous y laisser, car mesuré
à l'aune purement commerciale des relations entre les deux Etats, l'Archipel
ne fait guère le poids. |  |
Reste la troisième, perspective que nous avons indiqué, la seule
acceptable un lieu d'échanges et de tourisme, gardant son identité.
Mais elle exige de la population un important effort d'adaptation surtout psychologique,
et aussi matériel. De la Mère Patrie également (bien que
ce terme soit passé de mode) la continuation du soutien sans faille accordé
jusqu'à présent afin de maintenir la confiance.  |
Sans confiance en effet, il n'y aura pas d'investisseurs, il n'y aura pas de relations
partenariales à gains réciproques (Win-Win, comme disait récemment
Monsieur le Préfet de l'Archipel à des interlocuteurs canadiens
très officiels). |
La première réunion
de la Commission mixte franco- canadienne a eu lieu à Saint-Pierre le 12
mai dernier, en même temps qu'une grande foire commerciale où l'on
pouvait voir des produits canadiens et des produits européens en même
temps que ceux de l'artisanat local. Au même moment se trouvait dans l'Archipel
Monsieur BELORGEY, Président Directeur Général de RFO, afin
de mettre au point conjointement avec les Provinces Atlantiques et l'Etat du Maine
l'extension de la chaîne française à partir de Saint-Pierre
et Miquelon vers les auditeurs francophones (environ 400 000).  |
Ainsi pourra être assuré un nouvel essor de ces îles françaises
de l'Atlantique Nord. Ces îles, dont l'histoire tourmentée est ponctuée
d'expulsions, d'incendies et de naufrages (depuis 1770, 674 naufrages, le dernier
datant de 1975), ne sont pas seulement des témoignages de l'Histoire de
France en Amérique, mais aussi et surtout une position frontalière
entre les deux continents les plus riches de la planète. Ce qui les rend
aptes, comme disait Gobineau, à un grand avenir commercial, et par delà
le commerce, à une ouverture sur toutes les activités rendues possibles
par l'explosion communicative. |
Et la pêche direz-vous
? Les Terre-Neuvas, les Grands Bancs, "Le Grand Métier" (Jean Récher),
"Pêcheur d'islande" (Pierre Loti), toute cette épopée maritime
parfois émouvante et plus souvent cruelle, quel est son devenir ? Elle
continuera, ou plutôt, elle reprendra, mais d'une autre façon. Fini
le pillage sans contrôle d'une des plus grandes réserves alimentaires
de la planète. Quand le niveau de la ressource halieutique permettra
de reprendre les captures -dix ans selon les scientifiques-, l'exploitation sera
faite sous d'autres formes, et le produit brut sera diversifié en produits
finis. Il y a aussi l'aquaculture. De toutes façons, la pêche
sera devenue un des éléments -et non plus le seul- d'une économie
mieux diversifiée. Il faudrait renverser l'observation du Duc de Choiseul
(dans une lettre du 12 avril 1763) : "je sais bien que les îles St Pierre
et Miquelon pourront avec le temps devenir un entrepôt considérable
de commerce. Mais elles ne le peuvent qu'autant que la base de leur établissement,
la pêche, prendra des accroissements." Aujourd'hui et demain, la condition
de la survie, c'est l'accroissement du mouvement commercial et culturel, sans
lequel il n'y aura pas, plus tard, de reprise de la pêche. |