Un peu de notre Histoire (167)
De 1835-1840 Inclus (suite)
(pages 131-132)
Foyer paroissial n° 175 : 15 juillet - 15 août 1938
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Un déplorable accident a lieu en rade de Saint–Pierre le 20 mai 1838. Le grand canot du port, armé de six hommes, chavire en virant de bord. Au nombre des quatre victimes de ce sinistre MM. Gautier, capitaine de port, récemment nommé à ce poste et Noé, jeune écrivain de marine. Les deux survivants devront leur salut à des pêcheurs de l’Île-aux-Chiens.
Le 17 juillet était promulgué à Saint–Pierre et Miquelon la loi du 4 juillet 1837 relative aux poids et mesures.
Le 8 septembre suivant arrivait à St-Pierre, le successeur de M. Brue au commandement de la colonie, le capitaine de vaisseau en retraite Mamyneau Louis- Alexandre, officier de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre de Saint Louis et de Saint Ferdinand d’Espagne, Alors qu’il était lieutenant de vaisseau, cet officier distingué avait épousé, en 1815, l’une des filles de Louis André Bartholomie riche planteur établi à Saint–Domingue, qui mourut ruiné après voir passé par des épreuves sans nombre.
Pendant son séjour à Saint–Pierre, M. Mamyneau eut la douleur de perdre sa femme qu’il avait laissée à Lorient avec sa fille.
M. Brue qui gouverna la colonie pendant onze ans partit pour France le 15 septembre. Ce fut un habile administrateur. On peu dire que c’est sous son gouvernement que les îles commencèrent à prospérer.
Le 14 octobre le Conseil de gouvernement et d’administration se réunissait pour délibérer sur une demande adressée au Commandant par les commerçants de la colonie tendant à obtenir l’établissement d’une chambre de Commerce à Saint–Pierre.
M.Duhamel, juge de 1ère instance, déclare qu’en effet une chambre de Commerce serait très utile pour la colonie, mais que pour l’obtenir il fallait une ordonnance royale ; que si le Conseil était de cet avis on pourrait en faire le sujet d’une proposition au gouvernement.
L’assemblée émettait un avis favorable à cette installation, mais, deux de ses membres , MM. Filleau inspecteur colonial et Dauvin, chirurgien major crurent devoir faire ressortir qu’une Chambre de Commerce ne serait une création utile que dans certains limites.
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Un peu de notre Histoire (168)
De 1835-1840 Inclus (suite)
(pages 150-151)
Foyer paroissial n° 176 : 15 août - 15 septembre 1938
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S’opposant à l’établissement d’une chambre de Commerce MM. Filleau et Dauvin disent qu’ils conçoivent difficilement, aux termes de la loi du 3 Nivôse an onze, qu’elle puisse être régulièrement constituée à Saint–Pierre et dans le cas où l’on parviendrait à en établir une, considérant que les commerçants de la colonie ne remplissent aucune des obligations imposées à ceux de la métropole, ils ne sauraient conséquemment exiger les mêmes pouvoir. Aussi sont-ils d’avis, afin d’éviter des erreurs ou des débats près l’autorité supérieure que la chambre au lieu d’écrire directement au Ministre fit toujours passer sa correspondance par le Conseil de gouvernement et d’administration pour être ensuite transmis au Département par le Commandant.
La majorité du Conseil s’étant rangé à cette opinion, le Commandant charge M. Duhamel de préparer un projet d’ordonnance qui sera adressé au Ministre après avoir été examiné en Conseil.
Le Conseil se réunissait de nouveau le 6 novembre pour entendre la lecture du projet préposé par le juge de 1ère instance et le discuter s’il y avait lieu.
Cette lecture terminée, le Président s’étant informé si quelques membres n’avaient point d’observations à présenter sur l’ensemble du projet, M. Dauvin dit qu’après avoir, de concert avec M. Renaud, trésorier, étudié mûrement la matière, ils s’étaient convaincus l’un et l’autre que l’établissement régulier d’une chambre de Commerce était de toute impossibilité aux îles Saint–Pierre et Miquelon ; mais en examinant avec soin les dispositions arrêtées en faveur de quelques colonies, ils avaient reconnu la convenance de proposer au Ministre la constitution d’un comité consultatif de commerce, qui, dans leur opinion, ne pourrait manquer de satisfaire tous les intérêts. Il ajoutait que M. Renaud et lui avaient cru devoir jeter sur le papier quelques dispositions principales et demandait au président l’autorisation d’un donner lecture afin de mieux éclairer les votes de chacun.
Cette autorisation accordée après consultation du Conseil, le trésorier donnait lecture de son projet.
Ce projet est ensuite l’objet d’une très longue discussion et, en définitive, adopté avec quelques amendements.
Le Commandant déclara que la délibération serait soumise au Ministre de la Marine et des Colonies pour être par lui décidé ce qu’il jugerait convenable.
Nous reviendrons en temps opportun sur cette importante question.
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Un peu de notre Histoire (169)
De 1835-1840 Inclus (suite)
(pages 172-173)
Foyer paroissial n° 177 : 15 septembre - 15 octobre 1938
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Dans sa lettre au ministre du 2 janvier 1840, le commandant Mamyneau sollicite l’envoi, d’urgence, à Saint–Pierre et Miquelon d’un détachement de 70 hommes du régiment d’infanterie de marine pour remplacer la brigade de gendarmerie et le personnel civil ouvrier. Il essaie de justifier sa demande par les considérations suivantes : au début de la réoccupation des îles Saint–Pierre et Miquelon, un détachement d’ouvriers militaires y avait été entretenu avec la double mission d’y faire la police et d’y exécuter les différents travaux qu’exigeait un établissement alors dépourvu d’une partie des ressources qu’on y trouve actuellement. Mais, depuis le départ de ces militaires, les principaux établissements publics, malgré les accroissements successifs de l’allocation affectée à leurs réparations, avaient été si mal entretenus que la plupart d’entr’eux tombent en ruines.
Un chef-ouvrier et deux charpentiers qui coûtent annuellement 2790 francs sont chargés de pourvoir aux différents travaux ; leur insuffisance force l’administration coloniale à leur adjoindre presque continuellement des ouvriers civils : peintres, charpentiers, maçons ferblantiers, etc. D’où il résulte une dépense moyenne de 3 000 francs par an, non compris les rations de vivres et le bois de chauffage qui font une dépense de 7 500 francs par an.
D’autre part, la brigade de gendarmerie coûte annuellement 15 500 frs. Au complet, elle est insuffisante, en été surtout, pour maintenir l’ordre ; et la police à Saint–Pierre y est réduite au Maréchal des logis et à cinq hommes, par obligation de conserver toujours des postes sédentaires à Langlade et à Miquelon.
Il est en conséquence presque impossible que le service de police soit fait régulièrement en présence d’une population flottante, remuante et indisciplinée, quelquefois portée à près de 3 000 marins et graviers par les mouvements continus de la navigation de ce port qui est fréquenté par environ 250 navires de tous tonnages, du mois d’avril au mois d’octobre.
Il y a une époque où la presque totalité de ces bâtiments y séjourne des mois entiers, au retour de la première pêche par exemple, en juin et juillet. Leurs équipages, les dieppois, surtout sont composés d’hommes turbulents, indociles qui, dès qu’ils sont à terre, ne connaissent plus aucun frein, aucune autorité et ont souvent placé le gouvernement de la colonie dans la pénible nécessité de fermer les yeux sur leurs désordres, de crainte de voir insulter et méconnaître un pouvoir qu’il n’aurait pu faire respecter ; il n’est pas d’années m’a-t-on dit, que cela ne soit arrivé ; et l’on cite plusieurs échauffourées où la gendarmerie et même l’un de mes prédécesseurs auraient été maltraités ; on cite également des désordres occasionnés par des marins de la station qui n’auraient pu être réprimés sans le concours direct des chefs de ces bâtiments.
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Un peu de notre Histoire (170)
De 1835-1840 Inclus (suite)
(page 190)
Foyer paroissial n° 178 : 15 octobre - 15 novembre 1938
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Suite de la lettre de M. Mamyneau sur l’ordre public à St–Pierre.
« En considérant l’inconvénient d’un pareil état de choses, j’ai pensé M. le Ministre, que si l’insuffisance des Compagnies d’artillerie affectées au service des colonies ne me permettait pas de vous en demander un détachement, je pourrais du moins espérer que V. E. ne jugerait pas inopportun de le remplacer par un détachement de 70 hommes du régiment d’infanterie de marine, pour lequel il serait facile de ne choisir au dépôt que des soldats ayant exercé et capables d’exercer encore les diverses professions de charpentier, de menuisier, de maçon, de peintre, de serrurier, etc.
« L’entretien de ce corps à St-Pierre ne me paraîtrait pas donner lieu à aucune augmentation dans le cadre du dépôt de ce régiment et il me semblerait que l’allocation affectée aux dépenses des services militaires dans les colonies ne serait pas trop surchargée par la différence qu’il y aurait entre la solde que recevrait ce détachement en France sans but d’utilité immédiate et celle qui lui serait payée dans la colonie où il ferait un service actif et doublement avantageux aux intérêts généraux. »
Et chiffres en main, M. Mamyneau démontre au ministre que ce détachement dans la colonie pourrait conduire à des économies appréciables sur les fonds de la subvention, étant entendu que les frais de casernement, des journées d’hôpital devront être supportés, suivant le régime des budgets coloniaux, par le chapitre des services militaires. Quant à l’achat des hamacs, matelas, couvertures, ces dépenses s’élèveraient à une faible somme et les frais d’entretien annuel seraient si minimes qu’on les retrouveraient facilement par une sage économie dans la répartition des dépenses générales.
« Les vues d’économies qui me porteraient à désirer une amélioration dont je soumets l’idée à V. E. comme d’un projet susceptible d’être modifié plutôt que comme des propositions réelles, s’appuieraient encore d’une infinité d’autres considérations qui ne lui échapperont pas, celles surtout bien concluantes d’avoir toujours à Saint–Pierre une garnison qui, bien que faible, serait capable dans toues les circonstances ordinaires, de mettre la colonie à l’abri d’un coup de main, de réprimer les fréquents désordres occasionnées par les marins français et anglais qui fréquentent ce port en grand nombre ; de faire ainsi respecter une autorité trop souvent méconnue. »
Nous verrons dans la suite les résultats des demandes de M. Mamyneau.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (171)
De 1835-1840 Inclus (suite)
(page 210)
Foyer paroissial n° 179 : 15 novembre - 15 décembre 1938
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Par dépêche en date du 14 février 1840 le Département informait le Commandant qu’il avait décidé de fixer de 4 à 5 le nombre de Sœurs de St Joseph de Cluny entretenues dans la colonie tant pour le service de l’hôpital que pour les besoins de l’instruction primaire, et ce, pour compter du 1er janvier 1840. Une autre dépêche ministérielle du 27 juillet suivant portait le cadre à 6.
L’hôpital construit en 1816, était, en 1840, en fort mauvais état ; de grosses dépenses s’imposaient. Le 29 février, le commandant avait confié à une commission composée de MM. Filliau, inspecteur colonial, Duhamel, juge et Renaud, trésorier, qui s’adjoindraient comme ouvriers experts Joseph Vigneau, Jean Gravé charpentiers constructeurs et Lescoublet, charpentier du gouvernement, le soin de constater l’état du bâtiment.
Cet hôpital que les quelques vieux du pays désignent encore aujourd'hui sous le nom de « Vieil hôpital », était situé à l’angle des rues Richery et Royale, cette dernière devenue en 1841, rue Joinville. On peut encore voir le corps principal de l’immeuble transformé en écurie.
Dans sa séance du 1er avril, l’assemblée locale donnait son approbation au plan de reconstruction dont le devis s’élevait à 135 040 frs.
En conséquence le Conseil demandait au chef de la colonie de prier le ministre de bien vouloir tenir compte des raisons qui portaient la commission à demander la construction d’un nouvel hôpital attendu que l’établissement actuel était dans état de délabrement tel qu’il n’était pas prudent de l’habiter pendant la mauvaise saison.
Un échange de correspondance assez active eut lieu entre l’administration locale et le Département au sujet de cette construction dont le plan original fut modifié. D’autre part la pénurie de main d’œuvre ajourna les travaux. La pose de la première pierre ne put avoir lieu que le 27 juillet 1843 à l’arrivée sur la corvette « Ariane » le 19 mai, de 34 ouvriers de diverses professions sous la conduite du Conducteur des ponts et chaussés Joly et d’un aide-conducteur.
L’édifice ne fut en état d’être habité que fin 1846. C’est celui encore en service. Il est bâti sur l’emplacement de la caserne des marins.
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Un peu de notre Histoire (172)
De 1835-1840 Inclus (suite)
(page 231)
Foyer paroissial n° 180 : 15 décembre - 15 janvier 1938-39
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D’après une enquête ordonnée par le gouvernement britannique dans le but d’établir des phares à Terre–Neuve, l'île St-Pierre fut reconnue comme offrant le point le plus avantageux pour éclairer la côte S. E. et O. de la grande île anglaise.
Sur le vœu exprimé par son collègue du Département des affaires étrangères, le ministre de la marine et des colonies prescrivait au Commandant de Saint–Pierre et Miquelon d’examiner en Conseil la question de l’érection d’un phare sur l'île St-Pierre, dans l’intérêt général de la navigation.
Le Conseil assemblé le 1er août, le Commandant lui donne communication d’une lettre des négociants de la colonie d’après laquelle le morne dénommé « Tête de Galantry » était le point le plus favorable pour y ériger un phare. M. Ledret, capitaine de port, était en conséquence invité à calculer l'élévation de cette montagne au-dessus du niveau de la mer. D'après le D. M. un devis approximatif du coût des travaux était exigé. Une commission composée de MM Lecoupé, négociant, Duhamel Joseph négociant, Ledret, capitaine de Port et Renaud, trésorier, fut nommée pour statuer sur l'opportunité du lieu et des travaux à exécuter pour établir le plus convenablement le phare dont il s'agit.
Le Conseil décide en outre que le phare soit de 2ème ordre à feu fixe, et que le feu de la pointe au Fanal sera toujours maintenu pour la sécurité des bâtiments entrant en rade ou dans le barachois.
Enfin le Conseil émet l'avis que le chef de la colonie demande au ministre d'inviter le gouvernement anglais d'établir un feu sur le cap du Chapeau rouge lequel serait non moins utile que celui de la tête de Galantry.
Le 9 octobre, la commission, dans un rapport circonstancié émit l'avis que le phare devrait être érigé sur la tête de Galantry. Le devis approximatif s'élevait à 26.569 fr. 49. Sur la proposition du ministre, elle demandait qu'un agent spécial soit envoyé de France dans l'intérêt des divers travaux à entreprendre.
A noter que le 24 juillet, en perspective précisément des importants travaux à exécuter, M. Mamyneau avait écrit au ministre pour lui confirmer sa lettre du 2 janvier relative à l'envoi d'un détachement d'infanterie, pour le prier de prendre sa démarche en considération, d'autant plus, dit-il que son opportunité ne saurait être discutée en présence de l'insuffisance des moyens dont il disposait pour les entreprendre.
On a vu que le ministre avait répondu à cette demande par l'envoi de 34 ouvriers de différentes professions.
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Un peu de notre Histoire (173)
1840 (suite)
(page 10)
Foyer paroissial n° 181 : 15 janvier 1939
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La situation des écoles dans la colonie
Une commission instituée en session du Conseil de Gouvernement et d’Administration du 29 février 1840 pour s’enquérir de l’état de l’instruction primaire dans la colonie ayant reconnu l’insuffisance des écoles tant sous le rapport des établissements que sous celui des professeurs le chef de la colonie estima qu’une réforme s’imposait.
Il soumit donc au Conseil en séance du 16 juillet un projet de règlement basé sur les termes de l’ordonnance royale du 15 juillet 1833. Ce projet, approuvé par l’Assemblée fut expédié au département pour approbation.
Voici les observations du ministre consignées dans la dépêche du 15 août suivant :
« Monsieur le Commandant,
J’ai reçu avec votre lettre du 19 juillet dernier n° 32, le p. v. d’une séance du Conseil de Gouvernement et d’Administration où il a été préparé un arrêté pour l’organisation et le régime des écoles primaires de Saint–Pierre et Miquelon.
Tout en applaudissant à l’idée que vous avez eue d’introduire dans ce service les réformes nécessaires, je dois vous dire que le désir d’appliquer l’ordonnance organique du 16 juillet 1833 sur l’instruction primaire en France, a conduit l’Administration à insérer dans son projet des dispositions qui m’ont paru peu en harmonie avec les localités.
Tels sont principalement le vote annuel a émettre pour la rétribution à accorder aux instituteurs et institutrices, et pour les acquisitions, constructions, etc. des maisons d’école ; la création d’un comité communal, la formation de listes de candidats pour les emplois d’instituteurs, etc.
La situation des choses à Saint–Pierre et Miquelon, quant à l’instruction primaire, me paraît fort simple.
Une somme de 600 fr. figure au budget de la colonie pour le traitement d’un maître d’école à St-Pierre. Dans le cas où ce titulaire ne remplirait pas convenablement son emploi, il vous appartiendrait de me proposer son remplacement en faisant connaître si le taux de 600 fr. vous paraît ou non suffisant.
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Un peu de notre Histoire (174)
1840 (suite)
(page 31)
Foyer paroissial n° 182 : 15 février 1939
Suite de la lettre du ministre au sujet des écoles dans la Colonie.
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« Si le besoin d’un instituteur se fait également sentir à Miquelon, vous aurez à m’en informer en indiquant les avantages que vous jugeriez devoir lui être accordés.
Quant à l’instruction élémentaires des filles, il n’est pas douteux que les Sœurs de St Joseph de Cluny, dont le cadre a été récemment porté à 6 ne soient en mesure d’y pourvoir en même temps qu’au service des hôpitaux.
Si vous reconnaissez nécessaire de soumettre les divers écoles locales à certaines règles uniformes et à un contrôle régulier, vous êtes autorisé à rendre à ce sujet un arrêté spécial avec le concours du Conseil de Gouvernement et d’Administration de la part de qui on remarque que le procès-verbal de la séance du 14 juillet n’offre pas la moindre trace de discussion.
Votre projet de règlement établit qu’une légère rétribution mensuelle sera payée par les élèves, à l’exception de ceux qui seraient jugés en position d’être admis gratuitement. A moins d’explications que vous aurez à me donner je pense que dans une colonie où, comme à Saint–Pierre et Miquelon, la population est généralement pauvre, et au moyen des allocations fixes faites aux instituteurs et institutrices, l’éducation doit être gratuite pour tous les enfants.
Recevez, etc. Baron Rossini ».
En réponse à cette dépêche, M. Mamyneau fait retour par sa lettre du 5 décembre, au ministre, du projet amendé. Il lui expose que l’école des filles de Saint–Pierre dirigée par une religieuse, était fréquentée en 1839 et 1840 par 55 élèves de 6 à 13 ans. Quant à l’école gratuite des garçons de Saint–Pierre, elle n’existait pour ainsi dire que de nom : elle pourrait être fréquentée par une cinquantaine d’écoliers seulement, attendu qu’un espèce d’école particulière s’est formée de ses débris, sous les auspices d’un chantre de la paroisse.
Le premier de ces établissements est dirigé par M. Coudreville, vieillard plus qu’octogénaire que des infirmités graves empêchent d’exercer convenablement son honorable mandat.
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Un peu de notre Histoire (175)
1840 (suite)
(page 50)
Foyer paroissial n° 183 : 15 mars 1939
Suite de la lettre de M. Mamyneau sur les écoles.
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En ce qui concerne les écoles de Miquelon, elles ont reçu en 1840 environ 50 petites filles et 25 garçons au dessous de 7 ans. Les 2 sœurs de St–Joseph qui dirigent ces classes sont à peine suffisantes pour pourvoir à l'éducation des filles. « Je ne m'appesantirai pas, ajoute le chef de la colonie, sur les inconvénients qu'il y aurait à leur laisser la direction des garçons et il n'échappera pas à V. E. que le maintien d'un pareil état de choses pourrait avoir des inconvénients réels.»
En résumé, M. Mamyneau estime que le personnel enseignant est très insuffisant et il en demande l'augmentation savoir : d'une sœur de St–Joseph de Cluny et d'un instituteur supplémentaire pour St. Pierre et d'un maître d'école pour Miquelon. Il fait ensuite ressortir que si le principe de la gratuité est retenu par le Département, qu'il soit toujours fait exception pour les enfants dont les parents sont en mesure de payer une rétribution. Cette rétribution devant servir à alléger le chapitre des dépenses de l'instruction; le 1/5 environ des enfants se trouvant dans la catégorie des payants.
Pour en terminer avec cette importante question disons que par une dépêche en date du 14 mai 1841, l'amiral Duperray, ministre de la marine et des colonies annonçait l'envoi à St. Pierre d'une nouvelle sœur institutrice. Par une seconde dépêche du 2 juillet suivant, il fait connaître à M. Mamyneau les dispositions qu'il a arrêtées dans l'intérêt de l'instruction élémentaire des garçons dans la colonie.
« L'importance et l'urgence des besoins qu'éprouvent à cet égard les deux îles m'a paru démontrée par vos explications et j'ai reconnu que le meilleur moyen de porter remède à cet état de choses était d'introduire dans la colonie des frères appartenant à l'institut de la doctrine chrétienne de Ploërmel qui, depuis plusieurs années est chargée exclusivement de fournir des instituteurs primaires à nos principales colonies.
Je me suis donc adressé à M. l'abbé J. M. de la Mennais, supérieurs de l'institut qui s'est engagé à mettre à cet effet deux frères à ma disposition. La suite de la lettre a trait au départ des frères, à leur installation, leur traitement, etc.
Le 22 mars 1842 avis de l'embarquement prochain des deux instituteurs à Saint-Malo.
Le 17 juin 1843 avis de l'embarquement de deux frères destinés pour Miquelon.
Le premier Supérieur des frères dans la colonie fut le frère Porphyre.
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Un peu de notre Histoire (176)
1840 (suite)
(page 70)
Foyer paroissial n° 184 : 15 avril 1939
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Dans une longue et remarquable lettre du 28 septembre, le commandant Mamyneau intervient d’une manière pressante auprès du ministre pour que soit maintenue par le parlement la prime d’encouragement à la grande pêche concédée par la loi du 2 juillet 1836 dont les dispositions sont sur le point de prendre fin.
Il expose notamment que les antagonistes de la prime sont dans l’erreur la plus manifeste lorsqu’ils soutiennent que les négociants de morue travaillent à coup sûr et s’enrichissent immanquablement dans quelques années. La preuve du contraire résulte des résultats des expéditions commerciales que le chef de la colonie, tableaux en mains, joint a sa lettre.
D’ailleurs, dit-il, n’est-il pas établi qu’à chaque expiration des primes, le gouvernement a senti la nécessité de les renouveler pour éviter une crise commerciale ! Il est impossible, en effet, d’admettre que les encouragements pécuniaires aient pu être accordés avec légèreté, la conviction profonde des évènements fâcheux qui devaient être la conséquence de leur suppression a seule pu engager l’État à persévérer dans une donation que tant de voix attaquaient simultanément.
Enfin parmi d’autres considérations qui sont encore d’actualité malgré le temps, M. Mamyneau s’efforce de démontrer que la suppression de la prime serait un désastre irréparable pour les îles Saint–Pierre et Miquelon elle entraînerait l’immigration immédiate des habitants dont la grande majorité ne vit que de la pêche. Ce serait la ruine des douze maisons de commerce fixées dans la colonie faisant le commerce de la morue avec les Antilles et la métropole et qui confectionnent chaque année, 4 500 000 kg de poisson.
Cet état de choses s’il se réalisait forcerait fatalement l’État à abandonner ces îles qui ne sont quelque chose que par le commerce. La France perdrait le seul point qu’elle occupe dans l’Amérique Septentrionale, point qui peut devenir si important dans le cas d’éventualités qu’on peut déjà prévoir ; point qui forme un excellent abri sur les côtes.
Et M. Mamyneau termine ainsi :
« Le ministre anglais Burke aurait-il vainement dit en parlant de nos îles, au cours de la discussion à la chambre des Communes, des traités de paix de 1814 et 1815 tant sur le rapport politique que sous le point de vue du commerce : « Saint–Pierre et Miquelon et leurs sècheries de Terre–Neuve auraient dû être conservées par l’Angleterre, dut-elle abandonner pour elles, sa plus belle colonie aux Antilles.
Ajoutons que la loi du 25 juin 1841 maintenait la prime jusqu’en 1850 et que cette loi et l’ordonnance royale du 25 juin 1841 furent promulguées dans la colonie le 16 mars 1843.
Au début de septembre le commandant recevait le budget des recettes et dépenses du service intérieur de Saint–Pierre et Miquelon pour l’année 1841.
Le ministre faisant parvenir ce document, écrivait le 24 août à M. Mamyneau : « Le commerce des îles a pris depuis 1837 une nouvelle extension ; il y a lieu de supposer que des charges qui lui ont paru trop lourdes en 1837 ne seront pas considérées en 1841 comme étant hors de proportion avec l’importance des affaires et les bénéfices qu’elles procurent.
Je vous invite donc à examiner en Conseil de gouvernement et d’administration qu’elles seraient à compter de 1841 les augmentations qui pourront être apportées au tarif des droits de navigation en donnant le moins possible de prise aux réclamations du Commerce soit métropolitain soit local et en restant dans les limites des dépenses auxquelles il y aura urgence de pourvoir.
Pour les raisons suivantes, le chef de la colonie ne crut pas devoir donner, à sa réception, aux membres du Conseil, communication de cette dépêche. Des bruits de guerre, en effet, apportés par des navires de France, circulaient depuis quelque temps dans la colonie, paralysant le commerce local.
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Un peu de notre Histoire (177)
1841 (suite)
(page 89)
Foyer paroissial n° 185 : 15 mai 1939
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Des bruits de guerre circulaient dans la colonie …
M. Mamyneau en informe le Département par sa lettre du 8 octobre, portant en outre à la connaissance du ministre que les négociants avaient déjà pris des mesures pour ne fournir de vivres qu’à ceux qui auraient les moyens de les payer. Si ces mesures se réalisent, ajoute-t-il, elles entraîneront le gouvernement dans la nécessité de nourrir, le prochain hiver, toutes les familles malheureuses et celles auxquelles il n’a pas été fait d’avances sur les produits de la prochaine campagne. Pour tenter d’avoir, sur ces bruits de guerre, des nouvelles précises et afin de tranquilliser le commerce et la population en général, j’ai pris prétexte d’une occasion que m’offrait le naufrage d’un navire anglais sur la côte de Saint–Pierre, pour envoyer la goélette de la station locale « La Mouche « à Saint-Jean de Terre–Neuve , annoncer le sinistre et prévenir que l’équipage était miraculeusement sauvé.
Les informations que j’ai eues à cet égard, écrit de nouveau M. Mamyneau, le 18 du même mois au ministre ne m’ont pas paru assez claires pour rassurer officiellement la population et, je dois le répéter, les démarches de MM. les négociants de la colonie sont de nature à me mettre dans un grand embarras à l’occasion des fournitures de vivres. Je n’attends aucune assistance de la part du commerce. Je ne puis donc que confier ma sollicitude à V. E. qui, je l’espère, ne laissera pas le pays sans ressources si les circonstances deviennent plus alarmantes.
Dans ces pénibles circonstances, le Commandant Mamyneau, se voyant peut-être à la veuille de nourrir une grande partie de la population et soucieux aussi de ménager les deniers de la colonie crut devoir prendre des mesures pour éviter dans l’avenir toutes difficultés à ce sujet.
Dans ce but, il soumet à son Conseil en séance du 19 novembre un projet d’arrêté qui fut adopté, sauf approbation des ministres, aux termes duquel nul ne serait admis à l’avenir à s’établir aux îles Saint–Pierre et Miquelon s’il ne justifiait de moyens d’existence ou ne trouvait caution solvable qui répondrait de ses moyens d’existence ou de son passage de retour soit en France soit dans le pays d’où il était venu..
Voici, à titre documentaire, les motifs invoqués à l’appui de ce sujet.
« Considérant que depuis plusieurs années un assez grand nombre de personnes sans moyens d’existence se sont établies dans la colonie et sont aujourd'hui à la charge du gouvernement ; que cet état de choses épuise les ressources de la colonie et qu’il importe d’empêcher qu’il ne s’aggrave encore ; que dans un pays qui ne produit rien par lui-même, qui n’offre de ressources qu’à une population active et industrieuse, et que, dans l’hiver, on peut comparer à une place assiégée, il est indispensable de prendre des mesures pour qu’il ne s’encombre pas d’habitants qu’il ne pourrait nourrir ! »
Arrête etc. etc.
Les bruits de guerre mis en circulation en 1840 étaient fondés. Le chef de la colonie n’en eut cependant confirmation qu’au printemps de l’année suivante alors que la guerre était conjurée, car, on le sait, à cette époque le télégraphe transatlantique était inconnu. Il n’y avait aucune relation avec la métropole durant l’hiver, les premiers navires ne faisant leur apparition à Saint–Pierre qu’à la mi-avril.
Rappelons brièvement les évènements qui faillirent faire éclater le conflit.
Il s’agit de la question du démembrement du reste de l’empire turc qui devait être discutée maintes fois encore au cours du XIXème siècle et qui n’est pas d’ailleurs encore tout à fait réglée aujourd’hui.
Le pacha d’Egypte, Mohamed -Ali avait arraché à la Turquie en 1833 la Crète et la Syrie pour prix de son intervention en Grèce que le sultan mahmoud voulait incorporer dans ses états.
En 1839, Mahmoud voulut prendre sa revanche, mais les Egyptiens battant ses armées marchèrent sur Constantinople. La France se joignit aux grandes puissances pour leur ordonner de s’arrêter. Cette politique était discutable. Mohamed-Ali étant notre ami. Aussi l’opinion publique, en France, exigea le renvoi du maréchal Soult qui, en fait, gouvernait le pays. Sous son successeur, Thiers, une guerre contre toute l’Europe semblait imminente, mais le roi Louis-philippe 1er, ami de la paix par dessus tout recula au dernier moment, renvoya Thiers et prit Guizot. Mohamed-Ali ne garda que l’Egypte (1840) mais la paix était sauvée.
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Un peu de notre Histoire (178)
1841 à 1845 inclus
(page 109)
Foyer paroissial n° 186 : 15 juin 1939
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Jusqu’en 1840, la police sanitaire maritime était réglementée dans la colonie par des ordonnances générales sur la matière. Mais en raison de sa situation géographique qui la mettait à peu près hors d’atteinte des maladies contagieuses telles que le typhus, la fièvre jaune etc. le Département donna néanmoins des instructions au Commandant pour l’élaboration d’un règlement local qui, tout en garantissant la santé publique nuisit le moins possible aux opérations commerciales qui faisaient la prospérité d’un pays.
Un projet de règlement, discuté en Conseil de gouvernement et d’administration était soumis au ministre qui le renvoya avec quelques modifications. Le 15 mai 1841, ce règlement était publié dans l’archipel pour être modifié le 24 juillet de l’année suivante dans ses dispositions relatives à la fixation des quarantaines.
Les fermiers de Langlade étaient le plus souvent en chicane entre eux au sujet des terrains qui leur avaient été concédé sans délimitation. De nombreuses réclamations étaient adressées au Chef de la colonie. Pour y mettre fin, l’assemblée locale décida, dans sa séance du 17 juin qu’une commission composée de MM. Duhamel Alexandre, Renaud et Duchesne se rendrait sur les lieux aux fins d’enquêter sur les réclamations dont s’agit. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet.
Nous avons vu qu’en septembre 1840, le Département, en transmettant au Commandant le projet de budget du Service intérieur de la colonie, l’avait invité d’examiner en Conseil s’il n’y aurait pas lieu d’augmenter les droits de navigation, l’extension du commerce permettant d’imposer cette nouvelle charge.
Pour les raisons que nous avons fait connaître précédemment, c'est-à-dire les bruits de guerre qui circulaient dans la colonie, M. Mamyneau ne crut pas devoir à ce moment, saisir son Conseil des suggestions ministérielles.
La paix n’ayant pas été troublée, cet important sujet pouvait être mis en discussion.
Dans la séance du 12 juillet MM. Filleau, Duhamel, Renaud, Dauvin et Bruslé furent désignés pour s’occuper de la rédaction du projet de budget pour 1843 et de la suite à donner à la dépêche ministérielle.
Le 13 août suivant, le rapport était déposé sur la table du Conseil. Il tendait à l’augmentation des droits en question qui furent votés à l’unanimité.
Le budget des recettes et dépenses pour 1843 était donc fixé à la somme de 208 003 francs.
Soumis à l’approbation du Département, le ministre répondait le 4 mars 1842 : « Je n’ai pas d’observations à faire relativement aux nouvelles fixations que vous avez déterminées et qui, portant principalement sur les navires étrangers, ne sont point de nature à provoquer des réclamations fondées de la part du commerce métropolitain. »
Tels sont, au cours de cette année 1841, les seuls travaux de l’assemblée locale susceptibles de retenir l’attention.
Mais un événement qui mettra tout le monde en joie va rompre pendant quelques jours la monotonie habituelle du pays, la visite d’une Altesse royale, malheureusement suivie peu de temps après d’un drame maritime qui causa cette fois dans la population une intense émotion : la perte corps et biens d’un navire de guerre français.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (179)
1841 à 1845 inclus
Visite du Prince de Joinville
(page 130)
Foyer paroissial n° 187 : 15 juillet 1939
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Un court exposé du passage du prince à St-Pierre, puisé dans les colonnes d’un journal canadien, a paru dans le Foyer Paroissial août-septembre 1926 ; mais on nous saura gré de citer en entier le rapport que le commandant Mamyneau envoya au ministre de cette visite du fils de Louis-Philippe, alors âgé de 23 ans et déjà capitaine de vaisseau, visite dont on parla longtemps à Saint–Pierre.
Du 7 septembre 1841.
Monsieur le Ministre,
En vous rendant compte que S. A. R. Monseigneur le Prince de Joinville est arrivé à St Pierre le 24 août, venant de St Georges, et en est parti le 30 pour se rendre à Halifax et ensuite à New–York, je crois qu’il sera agréable à V. E. d’avoir quelques détails sur le séjour de S. A. dans la colonie.
La frégate la « Belle Poule » et le brig « Cassard » était en vue de terre le 23 au matin ; j’envoyai immédiatement pour les piloter : à bord de la frégate, le capitaine de port et à bord du brig, le pilote du gouvernement ; mais ces navires contrariés successivement et par les vents debout et par des calmes furent, le soir, obligés de reprendre la bordée du large et ce ne fut que le lendemain qu’ils se représentèrent aux atterrages.
Dès que la frégate fut par le travers de la passe du S. E. je fis exécuter par le fort et par le stationnaire un salut de 21 coups de canon. A 2 heures ½ de l’après-midi, les deux navires étaient heureusement mouillés sur notre rade. Je m’empressai d’aller à bord pour offrir mes respects au prince et l’inviter à venir prendre possession des appartements que j’avais fait préparer à l’hôtel du gouvernement pour S. A. et sa suite. Épuisé de fatigue par trois nuits consécutives passées sur le pont de sa frégate où sa présence était exigée par les dangers d’une navigation que rendaient for difficile la variation continuelle des vents, les calmes et l’épaisseur de la brume, le prince remit au lendemain son débarquement.
Le 25 à 11 heures du matin, suivie de son officier d’ordonnance et du commandant du « Cassard », S. A. R. descendit à terre au bruit de notre artillerie et aux cris mille fois répétés de « Vive le Roi ! vive le Prince de Joinville » J’eus l’honneur de la recevoir à la cale, à la tête des agents du service et de tous les négociants de la colonie …
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (180)
1841 à 1845 inclus
Visite du Prince de Joinville. (suite)
(pages 150-151)
Foyer paroissial n° 188 : 15 août 1939
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Dès son arrivée à l’hôtel du gouvernement, S. A. R. voulut bien recevoir successivement les fonctionnaires de la colonie et la députation du Commerce et elle daigna répondre avec une extrême bienveillance aux allocutions qui lui furent adressées pour la complimenter, lui exprimer le bonheur que nous faisait éprouver sa présence et la prier de prendre la colonie sous son auguste patronage.
De l’hôtel du Gouvernement je conduisis le prince à l’hôpital qu’il désirait visiter. Partout, sur son passage, une foule empressée faisait éclater le plus vif enthousiasme. Tout, autour de lui, avait un air de fête ; chaque maison était pavoisée des couleurs nationales et notre bourg laborieux, habituellement si calme, semblait s’être réveillé et avoir doublé sa population pour le saluer des cris d’amour et de joie.
S. A. R. fut reçue à l’hôpital par le chirurgien en chef et les dames de Saint Joseph auxquels elle voulut bien, après avoir visité toutes les salles, témoigner sa satisfaction sur la propreté de l’établissement qui contrastaient avec l’état de vétusté et de délabrement des bâtiments. Le Prince daigna adresser aux pauvres malades des questions bienveillantes sur leur position, sur la manière dont ils étaient traités et consola chacun d’eux par des paroles pleines de sollicitude et de bonté.
A sa sortie de l’hôpital, S. A. R. ayant aperçu une misérable cabane dont la chétive apparence la frappa, elle voulut y entrer ; c’était celle d’une nombreuse et malheureuse famille.
Fidèle à l’exemple, aux principes de ses augustes parents, le prince ne quitta cette maison qu’après y avoir séché des larmes et laissé de riches marques de sa bienfaisante générosité, signalant ainsi, par une bonne action, le premier jour de son arrivée dans la colonie.
Deux fois, j’ai eu l’honneur de posséder le prince à ma table et deux fois, les fonctionnaires et les négociants, qu’il m’avait permis d’inviter avec lui, eurent l’occasion d’admirer l’étendue, la profondeur, la variété de ses connaissances, son esprit tout français, sa modestie et son extrême bonté. Il daigna prendre auprès de chacun des informations détaillées sur toutes les parties du service, sur les améliorations à y introduire, sur l’état de notre commerce et l’extension dont il pouvait être susceptible et chacun fut étonné de l’entendre raisonner aussi judicieusement sur le commerce, la pêche et les intérêts coloniaux qu’aurait pu le faire, le meilleur administrateur ou le négociant le plus habile.
Le 27, S. A. R. daigna admettre à sa table quelques chefs de services et quelques négociants. Là, comme chez moi, le Prince donna de nouvelles preuves de sa sollicitude éclairée pour les intérêts du pays. Il voulut bien nous répéter qu’il acceptait le patronage de notre colonie, dont l’importance lui paraissait digne de faire l’attention sérieuse du gouvernement métropolitain, et consentit à ce que je donnasse son nom à notre principale rue et au phare qui doit être construit sur la tête de Galantry ; il daigna également m’autoriser à mettre sous ses yeux les titres des agents du service à la bienveillance de V. E. et encourager le commerce à lui adresser des notes sur ses besoins et ses désirs.
Je lui présentai en conséquence des notes en faveur de MM. Douvin, chirurgien de 1ère classe, Le Dret, capitaine de port, Bruslé, commis de marine et Débarboure, négociant honorable, capitaine de la milice coloniale depuis plus de 20 ans et ancien Enseigne de vaisseau auxiliaire et capitaine de corsaires cinq fois fait prisonnier par les anglais.
Le commerce, de son côté, lui remit une demande pour solliciter des travaux de port reconnus utiles et la suppression des droits de tonnage et d’ancrage qui pèsent sur les navires.
S. A. R. accueillit avec bonté ces diverses demandes et voulut bien se charger de les appuyer auprès de V. E.
(A suivre). E. S.
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Un peu de notre Histoire (181)
1841 à 1845 inclus
Visite du Prince de Joinville. (suite)
(pages 170-171)
Foyer paroissial n° 189 : 15 septembre 1939
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Pour avoir de la colonie, de ses besoins et de son importance, une idée plus exacte encore que celle qu’avaient pu lui en donner des conversations particulières, S. A. R. désira prendre connaissance de tous les documents administratifs qui pouvaient l’aider dans cette étude et je m’empressai de les mettre à sa disposition ainsi que mon registre de correspondance particulière avec V. E. Monseigneur de Joinville lut avec un grand intérêt tous ces documents, prit de nombreuses notes et voulut bien applaudir à quelques unes des propositions que j’ai en l’honneur de soumettre à votre département, entr’autres à celles qui ont pour objet la demande d’une garnison de marine, celle d’une gabarre navigable pour remplacer le Stationnaire, le projet de construction d’un hôpital, d’un lazaret, le rétablissement des Écoles de garçons et l’augmentation de la dotation métropolitaine qui a, dès longtemps, cessé d’être en rapport avec les besoins du Service.
Dans sa sollicitude qui embrassait toutes le classes, le Prince avait bien voulu me demander une liste des familles les plus nécessiteuses des deux îles ; je la lui donnai et il me remit une somme de douze cents francs, dont la répartition fut l’objet d’une délibération du Conseil du Gouvernement.
De même que S. A. R. avait débuté dans la colonie par une bonne action, de même elle voulut consacrer la veille de son départ à soulager le malheur de nos pauvres habitants.
Notre Supérieur Ecclésiastique m’avait chargé de prier le Prince d’assister à un Te Deum qui devait être chanté en son honneur : « Un Te deum, répondit-il avec enjouement lorsque je lui rendis ce message, est-ce pour remercier Dieu de m’avoir fait échapper aux grands dangers que je viens de courir sur ma bonne frégate pendant cette paisible navigation ? Oh ! Je ne saurais y consentir ; mais j’assisterai avec un véritable plaisir à l’Office divin » et le dimanche 29, S. A. R. suivie d’un nombreux état-major et des agents du service colonial vint entendre la messe ; là comme partout, sa présence excita un enthousiasme dont la Sainteté du lieu où nous nous trouvions, put seul réprimer les élans. Le clergé de notre paroisse l’attendait à l’entrée de l’Eglise et lui offrit de prendre place sous un dais préparé à cet effet ; mais il refusa un honneur dû à son rang auguste, avec une touchante modestie qui ne fit que mieux ressortir la noblesse de son caractère.
S. A. R. assista au Service divin avec un recueillement et une piété dignes du fils de la reine Marie Amélie ; le beau cantique chanté à la fin de la messe (l’exaudiat) sembla émouvoir le Prince et son émotion bien naturelle, qui fut remarquée, gagna le cœur de tous les assistants qui répétèrent avec ferveur le Domine salvum fac Regem. !
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (182)
1841 à 1845 inclus
Visite du Prince de Joinville. (fin)
(pages 191-192)
Foyer paroissial n° 190 : 15 octobre 1939
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Après la messe, S. A. R. retourna à son bord où elle daigna recevoir les dames de la colonie. Une petite fête y avait été improvisée et deux heures sur la frégate s’écoulèrent pour nous aussi rapidement qu’agréablement.
Le lendemain à 11 h. ½ du matin, la frégate et le brig appareillèrent au bruit de nos salves d’artillerie par un temps superbe mais avec une bien faible brise. Le Prince, avant son départ, avait daigné me faire une dernière visite. Je l’avais accompagné à son bord avec le capitaine de port qui devait le piloter ; je n’ai quitté S. A. R. qu’après lui avoir vu commander son appareillage d’une manière qui ferait honneur au meilleur, au plus ancien capitaine de vaisseau.
La frégate et le brig retardés dans leur marche par des calmes étaient encore en vue le 31 à deux heures, mais la brise s’étant faite, ils disparurent bientôt et la continuation d’un bon vent, pendant 4 jours, me porte à croire que S. A. R. a dû arriver heureusement à Halifax le 4 septembre.
Voilà, Monsieur le Ministre, les faits principaux du séjour de S. A. R. dans notre île, Le Prince nous a quittés suivi des vœux ardents de toute notre population et il me serait impossible de vous exprimer les sentiments de plaisir, de reconnaissance et l’enthousiasme réel que son affabilité, son tact exquis, sa bienfaisance et son extrême bonté ont fait naître dans tous les cœurs.
Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, etc.
Mamyneau.
A son retour en France, le prince de Joinville exposa au ministre, dans un rapport détaillé les besoins de la colonie et notamment la demande des commerçants tendant à l’amélioration du port par l’exécution de travaux qui ont été réalisés depuis. Sur l’heure, les améliorations envisagées furent ajournées par une annotations écrite de la main du ministre sur le mémoire du Prince. « Tout ceci n’est malheureusement que trop vrai ; les faibles ressources du budget ne permettent pas d’y remédier ; il faudra y pourvoir par des ressources hors du budget ordinaire ».
La colonie devait attendre 80 ans avant de voir la réalisation des travaux de port en question.
Voici en fin la liste des indigents reconnus les plus dignes, pour en bénéficier, de la somme laissée par le prince au moment de son départ de Saint–Pierre.
Saint–Pierre Miquelon
Famille Leguicher 2 parts 80 frs Famille J. Briand 1 part 40 frs.
P. Larralde 2 80 frs Vve Briand-Boussuet 1 40 frs
Vve Richard 3 120 frs Vve L. Briand 2 80 frs
J. B. Girardin 2 80 frs Vve Baudin 1 40 frs
Radou Jean 2 80 frs Vve Coste 1 40 frs
Le Buffe 1 40 frs Famille P. Briand 1 40 frs
Vve Portugais 1 40 frs Hip. Guyon 2 80 frs
Clément 1 40 frs M. Detcheverry 2 80 frs
Vve Labé 2 80 frs Vve Mouton 2 80 frs
Bonnevie 1 40 frs.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (183)
1841 à 1845 inclus
(pages 211-212)
Foyer paroissial n° 191 : 15 novembre 1939
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Passons maintenant au sinistre qui fit couler, en France, bien des larmes dans les familles des pauvres disparus.
Naufrage de la « vedette ». 1841.
A cette époque, mon grand père habitait Miquelon. Il m’a souvent raconté, jadis, ce sinistre ou tout au moins ce qu’il avait pu en voir.
Voici ce récit dans ses grandes lignes.
Dans la journée du 5 octobre, le temps qui était déjà brouillé s’annonça dans la nuit, catastrophique. Vers une heure du matin la tempête faisait rage ; le vent du S. O. hurlait comme il sait le faire dans nos parages.
A ce moment et à intervalles plus ou moins rapprochés, on entendit trois ou quatre coups de canon, puis plus rien … plus rien que le vent. Au petit jour toute la population se porta sur le rivage de la côte ouest. La mer était démontée, les lames s’entrechoquaient ; l’ensemble, vu de si bon matin, était plus tragique qu’en plein jour. De nombreux débris, espars, morceaux de bordage, lambeaux de toile, de mâts, etc. etc. étaient rejetés au plain, tout le long de la côte.
Nul doute, un bâtiment avait fait naufrage ; et les commentaires allaient leur train. On s’interpellait. Quel était ce navire ? A quelle nationalité appartenait-il ? Était-ce un bâtiment de commerce ou de guerre ? Où avait eu lieu l’échouage ? On ne voyait rien à l’horizon, rien sur la côte. Un prochain avenir allait répondre à toutes ces questions.
En effet, dans le courant de l’hiver, des restes d’uniformes trouvés au plain permirent d’établir qu’il s’agissait d’un navire de guerre et que ce navire ne pouvait être que la canonnière-brick La « Vedette », commandée par le lieutenant de vaisseau Hachet de Cintré qui était en vain attendu depuis le début d’octobre.
D’ailleurs, le 20 octobre, on trouvait sur la côte O. de Langlade, un cadavre dont l’identité ne put être établie, paraissant âgé de 25 ans environ et vêtu de deux pantalons, l’un de drap bleu, l’autre en toile portant un matricule (1). Ce genre de vêtements immatriculé ne pouvait être vraisemblablement que ceux d’un matelot de la marine militaire et qui faisait sans doute partie du malheureux équipage de la « Vedette ».
Toutefois on restait dans l’incertitude sur le point de la côte où le bâtiment s’était brisé. On supposait néanmoins qu’il avait pu être poussé sur les « Veaux marins », dangereux rochers situés à 5 milles ½ à l’Ouest de la Grande Miquelon.
Ici s’arrête la relation de mon aïeul. La suite du récit est empruntée aux archives locales.
Ce n’est que dans les premiers jours de l’année suivante que le commandant Mamyneau put expédier sur les lieux où l’on présumait que s’était perdue la « Vedette », la goélette de la marine locale « La Gentille », commandée par le lieutenant de vaisseau Hérout. Cet officier établit sans peine que la canonnière-brick avait bien fait naufrage sur les roches d’ont il s’agit. Il découvrit, en effet, entre les deux plateaux, à dix ou douze pieds de profondeur à marée basse le cabestan tout entier, des chaînes, le corps de pompe, les perriers.
(1) C’était le N° 13245. Etat-civil - Décès - Miquelon, 1841.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (184)
1841 à 1845 inclus
Le naufrage de la « Vedette » (1841) (suite).
(pages 231-232)
Foyer paroissial n° 192 : 15 décembre 1939
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Les travaux de sauvetage immédiatement entrepris permirent de ramener à la surface plusieurs objets d’armement, notamment le corps de pompe en cuivre, une caisse de cartouches à balles, un périer monté, etc. Le plongeur Caillot ramena au jours 15 pièces de 5 francs serrées sous un pli d’une feuille de plomb garnie de quelques boutons de cuivre, qu’il avait découvertes dans la soute aux poudres. On pensa aussitôt que ce numéraire faisait partie de la somme de 39 194 francs destinée au trésor de la colonie.
Les débris d’uniformes furent expédiées au ministère de la marine. Ils consistaient en deux galons de pantalons grande tenue dont l’un devait appartenir à M. de Cuitré ; un assez grand nombre de boutons d’officier de marine, de commis d’administration et quelques uns provenant d’un vêtement de commis des subsistances et une moitié de collet d’uniforme de grande tenue de lieutenant de vaisseau. A ces objets était joint un reste de tapis de table.
Sur la demande de la mère du malheureux commandant de la « Vedette », le chef de la colonie fit faire des recherches pour arriver à retrouver le scapulaire que son fils portait, pieux objet auquel elle paraissait beaucoup tenir ; les recherches ne donnèrent aucun résultat en dépit des publications faites à Miquelon tant dans le bourg qu’au prône des grand’messes.
M. Mamyneau prit sur lui de remettre à M. Reveilloïe, chirurgien-major du brick de guerre « Assas » de la station de Terre–Neuve, l’un des trois galons de pantalon d’officier venus à la côte qui appartenait certainement à son jeune frère, enseigne et second de la « Vedette ».
Enfin, pour en terminer avec ce lugubre drame de la mer, rapportons qu’un jour de septembre 1848. M. Desrousseaux alors commandant de la colonie reçut la visite d’un patron de pêche anglais qui l’informa qu’en novembre 1841, il avait découvert sur le plain dans le havre de Fox Cow (Fox cove ?) (Baie de Fortune) un cadavre entièrement nu dont une jambe et une côte gisaient à une vingtaine de mètres du corps. Sur l’un des bras était resté le poignet d’une manche d’habit encore fixée par deux petits boutons d’officiers de la marine française. D’après la description du cadavre, il était à présumer que ce ne pouvait être que celui du Commande de la « Vedette ».
Sur les ordres de M. Desrousseaux, une goélette de la station locale sous le commandement du capitaine de port Ledret appareilla aussitôt pour l’anse aux Renards, M. Ledret, accompagné de deux de ses hommes se fit conduire à l’endroit où les restes de M. de Cuitré avaient été inhumés. L’un des rares habitants, un nommé Valois, lui déclara que le cadavre était chaussé de brodequins, et portait encore des parcelles de bas de coton. Il s’était approprié les chaussures, mais ne les avait plus en sa possession. Par contre, il avait conservé deux boutons qui « tenaient encore à un morceau de parement d’habit en forme de brosselet (sic) ». Mais Valois affirma que lorsque le cadavre reçut la sépulture, il ne portait aucun scapulaire.
Tel fut l’épilogue de ce sinistre de la « Vedette ». Le cadavre de son commandant , ballotté par les courants côtiers avait parcouru 70 milles avant de s’échouer sur le rivage de Fox Cow. Avec celui du matelot trouvé sur la côte de Langlade, c’étaient là les seuls débris humains rejetés par la mer sur un équipage de 35 hommes environ.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (185)
1841 à 1845 inclus
(page 11)
Foyer paroissial n° 193 : 15 janvier 1940
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Au cours de l’année 1842 diverses questions politiques et économiques assez importantes sont délibérées en Conseil ou soumises directement au Département. Nous allons les analyser aussi succinctement que possible.
Avec un personnel insuffisant les moyens d’empêcher l’introduction à Saint–Pierre de la morue de pêche étrangère étaient très bornés. Les embarcations anglaises, nous l’avons d’ailleurs déjà rapporté dans notre revue, avaient donc toutes facilités d’entrer à toute heure de nuit en rade et même au Barachois où elles débarquaient leur poisson. L’Île-aux-Chiens , l’île aux Pigeons, l’île aux Vainqueurs et même l’île Verte servaient parfois d’entrepôts ou de rendez-vous où les particuliers qui n’écoutaient que leur intérêt personnel, obtenaient à bas prix ou à un troc avantageux la morue ainsi introduite qu’ils revendaient ensuite comme produit de pêche française, afin de pouvoir toucher la prime.
Cependant quelques contrebandiers avaient été surpris et condamnés, leur morue et leurs embarcations confisquées.
Mais l’excellent commandant Mamyneau, en présence des procédés des autorités de Terre–Neuve qui relâchaient, sans sanctions, les chaloupes des sédentaires surprises en pêche hors des limites assignées par les traités, crut devoir demander au ministre si, pour reconnaître cette tolérance, il ne serait pas à propos de se départir de toute rigueur à l’égard des contrebandiers.
Voici la réponse du Département en date du 25 mars 1842.
« Il convient de remarquer qu’il n’y a réellement aucune analogie à établir entre les infractions de limites dont nos pêcheurs peuvent se rendre coupables et les contraventions sur lesquelles vous proposez de fermer les yeux. Les premières peuvent n’avoir aucun inconvénient grave aux yeux des autorités anglaises. Les deuxièmes peuvent au contraire aboutir à une perturbation de tout le système des primes et elles porteraient particulièrement une atteinte fâcheuse au principe des primes spéciales en faveur des exportations de morue de Saint–Pierre aux colonies, principe contre lequel, vous ne l’ignorez pas, on a souvent objecté les clauses d’opérations frauduleuses.
« Il n’y a donc pas lieu de s’abstenir d’exécuter les règlements en vigueur ; il n’y aurait, dans un cas de fraude découverte et constatée, d’autre moyen d’indulgence que la remise ou la modération des peines encourues par voie de transaction. »
Nous verrons d’ailleurs que les Anglais ne tardèrent pas à reprendre leurs attitudes agressives.
A suivre. E. S.
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Un peu de notre Histoire (186)
1841 à 1845 inclus
(page 31-32)
Foyer paroissial n° 194 : 15 février 1940
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Malgré les instructions formelles et déjà anciennes mais malheureusement dépourvues de sanctions du ministère de la marine, les marins des navires faisant la pêche à Terre–Neuve continuaient d’introduire à leur bord, souvent avec la complicité du capitaine, des boissons alcooliques qui leur étaient vendues par leurs armateurs ou autres négociants de la localité. Il s’ensuivrait, au cours de campagnes, de fréquents cas d’ivresse provoquant parmi les équipages des désordres susceptibles de compromettre le succès de la pêche.
Ému de cet état de chose le ministre de la marine sollicita et obtint du Roi une ordonnance en date du 24 avril 1842 aux termes de laquelle l’embarquement de provisions particulières, de boissons spiritueuses, à bord des bâtiments faisant la pêche, était formellement interdit. Une amende de 500 francs était encourue par tout armateur qui ferait vendre ou laisserait vendre de ces boissons pour son compte aux équipages de ses navires. En outre, la lettre de Commandement serait retirée pour un temps dont le ministre fixerait la durée, à tout capitaine qui aurait vendu ou laissé vendre à son bord des boissons alcooliques.
Dans sa dépêche du 20 mai suivant le ministre prescrivait au commandant de la station navale de Terre–Neuve de prendre toutes mesures aussi efficaces que possible afin d’empêcher les intérêts liés du commerce local de « venir à la traverse » du but d’humanité et d’ordre public que le Département de la marine ne cessait de poursuivre depuis plusieurs années.
En conséquence de ces instructions, l’ordonnance du 24 avril était publiée dans la colonie et des ordres donnés aux services de l’inscription maritime et des douanes d’en assurer strictement l’exécution.
Les progrès sans cesse croissants du pays, les travaux, les dépenses qui leur donneraient un développement plus considérable, le surcroît d’obligations qui en résulterait pour les fonctionnaires qui n’assuraient qu’à grand peine les divers services administratifs étaient pour le chef de la colonie, d’appeler l’attention du ministre sur l’insuffisance du personnel auquel incombait une tâche aussi laborieuse, d’où la nécessité de l’augmenter de quelques unités. Ce qu’il fit dans sa dépêche du 18 septembre. M. Desrousseaux insistait surtout pour la création d’un emploi de maître de port à Miquelon.
Ce maître de port, écrit-il, sera nécessaire dès l’année prochaine. Il se forme, en effet à Miquelon des établissements nouveaux et considérables et où l’intention du commerce est de faire venir directement les bâtiments pêcheurs du grand banc.
Le Département accueillit en partie les propositions du Chef de la colonie, mais Miquelon n’eut pas son maître de port, en dépit de son activité commerciale et maritime
A suivre. E. S.
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Un peu de notre Histoire (187)
1841 à 1845 inclus
(page 52-53)
Foyer paroissial n° 195 : 15 mars 1940
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Le terrain sur l’emplacement duquel furent construits en 1891 les bâtiments des écoles communales et la grande cour de récréation y attenant, servait déjà en 1793 de lieu de sépulture. A la reprise de possession, en 1816, on lui continua sa destination. Entouré de tous côtés par des sources fournissant aux habitants voisines l’eau nécessaire, ce n’est cependant qu’en 1842 que M. Dauvin, alors chef du service de santé, signala à l’autorité supérieure les dangers de cette situation qui, si elle se prolongeait, était de nature à donner naissance à des maladies épidémiques, compromettantes pour l’hygiène et la salubrité publiques.
Sur sa proposition l’assemblée locale nomma une commission présidée par M. Charlot, préfet apostolique, pour choisir un emplacement approprié.
Cette commission fonctionna-t-elle ? Il est permis d’en douter, car les choses restèrent 14 ans encore en l’état. Ce n’est en effet qu’en 1876 que la question fut reprise par M. Fleury, chef des services de santé, qui, dans un rapport très documenté, s’emparant avec plus de force encore des arguments de son collègue de 1842, présenta la situation comme étant d’une gravité telle qu’il se faisait un devoir sacré d’insister pour qu’elle cessât promptement.
La nouvelle commission ne mit cependant pas moins de deux ans pour choisir l’emplacement désiré. En 1858 seulement, le cimetière de 1793 était supprimé et remplacé par celui qui, établi au nord de la ville était à son tour désaffecté en 1872. Il sert actuellement de terrain de sport.
Les lecteurs ont vu dans cette revue qu’en 1841, une commission avait été désignée pour se livrer à une enquête sur les réclamations des fermiers Langladiers au sujet de la délimitation de leurs terrains.
Mis au courant de cette procédure, le Département recommandait à cette commission de presser son travail, mais devait cependant s’occuper en premier lieu d’élaborer des règlements locaux ayant pour objet la concession de terres et la délimitation des propriétés en général.
La commission désignée en 1841 s’étant trouvée, pour diverses raisons, dans l’impossibilité d’accomplir sa mission, M. De Granpont, inspecteur colonial, fut chargé en séance du Conseil du 20 septembre, de préparer dans le plus bref délai les règlements en question.
Trois projets d’arrêtés furent présentés : le premier concernant les concessions, le deuxième le règlement des fermes de Langlade et de Miquelon, le troisième avait pour objet la confection du cadastre.
Ces projets, discutés en séance du 1er, 6 et 7 novembre, étaient adoptés après quelques modifications.
Les deux premiers restaient soumis à l’approbation du Département.
L’arrêté sur le cadastre promulgué le 30 du même mois ne reçut qu’un commencement d’exécution, les études en vue desquelles cette mesure avait été ordonnée, n’ayant eu depuis aucune suite.
Nous aurons l’occasion de revenir sur cette intéressante question de la propriété du sol.
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Un peu de notre Histoire (188)
1841 à 1845 inclus
(pages 70-71)
Foyer paroissial n° 196 : 15 avril 1940
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Bien que le traité de paix de 1787 n’accordait aucun droit à nos pêcheurs de couper du bois de chauffage sur la côte de Terre–Neuve, l’amiral Campwell, gouverneur de cette île, avait bien voulu faire savoir en 1785 à M. Ganseville (Danseville ?), commandant de la colonie, qu’il tolérait que ses ressortissants allassent s’approvisionner de combustible à la baie d’Espoir à la condition cependant qu’ils ne feraient aucun commerce avec les habitants.
Jusqu’alors cette tolérance avait été maintenue, mais soit que nos pêcheurs aient passé outre, soit plutôt, ainsi que nous l’avons rapporté dans la revue, que les commerçants de Saint-Jean, jaloux de la prospérité de nos îles, eussent obtenu des autorités l’application stricte du traité, le fait est qu’un beau jour de l’automne des goélettes françaises furent saisies alors que leurs équipages coupaient du bois dans la baie en question.
Le commandant Desrousseaux, saisi des plaintes des patrons de ces goélettes, s’empressa d’écrire au gouverneur de Saint-Jean la lettre suivante qui se passe de commentaires.
12 novembre 1842.
« J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de Votre Excellence les déclarations des patrons de quelques goélettes françaises des îles Saint–Pierre et Miquelon, saisies dans les premiers jours de ce mois, coupant du bois à feu dans la baie d’Espoir.
Depuis de longues années il y avait eu de la part du gouvernement anglais une grande tolérance à ce sujet. Les malheureux pêcheurs qui viennent d’être saisis, tous pères de famille, n’ignoraient cependant pas qu’ils n’avaient point le droit de couper du bois à la côte anglaise, mais on conçoit qu’ils aient compté sur nos rapports de bon voisinage, ou sur un long usage qui n’avaient point excité de réclamations.
Certainement, je ne prétends pas contester les droits qui vous sont acquis et dont j’ai pleine connaissance, mais, à la vue de la réclamation des patrons français dont un, M. Ledret a reçu de S. M. Britannique, une honorable récompense pour plusieurs faits de sauvetage envers des sujets anglais, et aussi, en vue des efforts désintéressés de l’administration de ces îles en faveur des bâtiments anglais qui se perdent trop souvent sur nos côtes, j’ose espérer que V. E. prendra en considération la position malheureuse de ces pères de famille que la saisie de leurs goélettes réduit à la misère. Je prie V. E. de croire que j’emploierai tous mes efforts pour qu’à l’avenir les sujets français ne s’écartent en rien de la lettre des traités et ne donnent lieu à aucune plainte. »
La réclamation de M. Desrousseaux fut écoutée. Sur les ordres du Gouverneur de Terre–Neuve, les goélettes saisies furent rendues à leurs propriétaires. Mais depuis cette époque la baie d’Espoir ne revit plus nos pêcheurs.
(A suivre) E. S.
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Frédéric Heudes
Foyer Paroissial n° 197 : du 15 mai 1940.
M. et Mme Frédéric HEUDES se trouvant dans l’impossibilité de rendre toutes les nombreuses visites et marques de si touchante sympathie qui leur ont été témoignées à l’occasion de l’Ordination Sacerdotale de leurs fils, chargent le Foyer Paroissial de bien vouloir porter, de leur part, à tous les membres de leurs grandes familles, Heudes et Detcheverry, des trois îles et du Canada, ainsi qu’à leurs nombreux amis de Saint–Pierre, d’Amérique et de France, l’expression sincère de leur vive gratitude et de leurs plus profonds remerciements.
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Un peu de notre Histoire (190) *
1841 à 1845 inclus
(page 91)
Foyer paroissial n° 197 : 15 mai 1940
* Il ne semble pas y avoir de n° 189.
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Depuis 1816, l’acheminement de la correspondance et le transport des passagers pour la France et les pays voisins et vice-versa continuaient toujours d’être assurés par les voiliers pêcheurs et longs-courriers par fois par les navires de guerre. On le conçoit, les arrivées et les départs étaient très irréguliers. Durant la saison hivernale les relations avec l’extérieur étaient à peu près suspendues. Il résultait de cet état de chose de sérieux inconvénients pour le commerce.
Prenant en considération ces doléances que l’administration faisait également siennes, le Conseil du gouvernement et d’administration exprimait le vœu, dans sa séance du 30 novembre que le ministre voulut bien autoriser le service réclamé en le priant d’examiner d’urgence la demande de l’Assemblée locale et du Commerce, afin que ce service put fonctionner dès l’année suivante.
Mais ce vœu ne devait être réalisé de sitôt ; il fallait compter avec les lenteurs administratives. Ce n’est en effet qu’en 1844, dans une dépêche du 21 juillet que le ministre annonçait que quoique digne à un haut degré de l’intérêt du Département, la proposition n’avait pas encore été suivie d’une décision favorable. MM. Goyeche et Cie, armateurs à Bayonne (1) avaient bien offert d’affecter leur goélette l’Amélie moyennant une indemnité annuelle de 18 000 francs, que cette offre avait même été l’objet d’une proposition formelle à la Chambre des députés et tendant à l’ouverture d’un crédit spécial sur le budget de la marine. Mais cette proposition avait été provisoirement écartée pour être reprise sur l’assurance donnée par le ministre de la marine, qu’il s’occuperait de la question lors de la préparation du budget de 1816.
(1) La maison Goyeche et Cie avait un établissement important à Saint–Pierre.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (191)
1841 à 1845 inclus
(pages 131-132)
Foyer paroissial n° 198 : 15 juin 1940
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C’est dans ces conditions que le Chef de la colonie était invité à mettre de nouveau cette question à l’étude, à (et ?) d’en transmettre au Département assez à temps le résultat pour leur permettre de remplir l’engagement pris par le ministre envers la Chambre.
Après avoir pris les informations nécessaires, tout au moins autant que le permettait la privation, à peu près absolue par suite de l’isolement des Établissements, des données essentielles sur les ressources et les nécessités de la navigation à vapeur, enfin après avoir compulsé les documents qu’elle avait recueillis, la commission nommée pour étudier les divers points indiqués par le ministre, se montra absolument opposée à la proposition d’affecter un navire à voiles pour atteindre le but qu’on se proposait, et s’attacha à démontrer qu’on ne pouvait compter sur un plein succès qu’au moyen d’un bateau à vapeur appartenant à la station locale, sans négliger le point essentiel c'est-à-dire les recettes que ce service de la ligne pourrait réaliser.
Le Conseil ayant émis le même avis que celui de la commission, M. Desrousseaux décidé que, sans trancher aucune des questions posées, il se contenterait de transmettre au Département le rapport de la commission et une copie du procès-verbal de la délibération afin que le ministre fut à même de prendre vis-à-vis de la Chambre, telle décision qui paraîtrait de nature à être justifiée.
Le 21 juillet 1945 le ministre faisait savoir que ne pouvant affecter un bâtiment de l’État pour le service sollicité, il avait néanmoins obtenu des Chambres un crédit de 20 000 fr. pour assurer ce service au moyen d’un bateau à voiles et invitait le Chef de la colonie à prendre toutes les dispositions à cet effet.
Par une convention ratifiée en Conseil le premier octobre suivant, la maison Goyetche et Cie affectait pendant un an, avec faculté de renouvellement du contrat pour la somme de 18 000 fr., leur goélette « Espoir » de 40 T. de jauge pour le transport de la correspondance, du frêt et des passagers entre Saint–Pierre et Halifax et vice-versa.
Ce bâtiment devrait effectuer un voyage mensuel. L’époque de l’arrivée du vapeur d’Europe étant le 15 ou le 16 de chaque mois, la goélette devrait partir de Saint–Pierre pendant la saison d’hiver le premier jour du mois et pendant l’été le 5, pour repartir d’Halifax 24 heures après l’arrivée du courrier d’Europe. Le bateau serait tenu de séjourner 48 heures à Saint–Pierre.
L’« Espoir » effectua son premier départ le 21 décembre.
Si la colonie n’avait pas entière satisfaction du moins était-ce un progrès sur l’état de chose ancien. Il est évident que les relations avec la France et les pays étrangers y gagnèrent en régularité et devaient donner par suite, plus d’expension (sic) au commerce local.
Beaucoup plus tard, vers 1875, un bâtiment à vapeur serait mis sur la ligne.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (192) *
1841 à 1845 inclus
(pages 131-132)
Foyer paroissial n° 199 : 15 juillet 1940
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Des instructions ministérielles parvenues en décembre prescrivent qu’une grande impulsion méthodique et spéciale devra être donnée en 1843 à l’agent d’exécution des nombreux travaux à entreprendre ou déjà en cours (phare, hôpital, prison, grosses réparations aux églises et autres établissements.
Enfin voici le mouvement commercial de la colonie en 1842.
Pêche locale et pêche métropolitaine.
Restait en magasin au 31 décembre 1841 5 000 qt au sec.
Importations en 1842 87 911 qt dont 31 823 de pêche locale.
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Total ……………………………………… 92 911 qt
Exportations déclarées en 1842 ……….. 77 579 qt 50
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Balance ……………… 15 331 qt 50
Déclaré comme restant en magasin au 31 décembre 1842 …. 17 056 qt.
Événements divers.
14 mars. – Le commandant Mamyneau informe le Conseil de gouvernement et d’administration que par suite de l’arrivée de deux frères de l’institut de Ploërmel (1) il a dû licencier le maître d’école Coudreville.
M. Coudreville qui avait exercé ses modestes et honorables fonctions d’instituteur de 1785 à 1793 était revenu à Saint–Pierre en 1719 (1819 ?) pour y reprendre son emploi.
Il devait mourir le 27 février à l’âge de 74 ans, respecté et entouré de l’estime générale. Il était le beau-père de M. Duhamel, juge de première instance.
Danger des armes à feu.
Le 4 juin. M. Léon d’Alteyrac, écrivain de marine, âgé de 23 ans, natif de Grenoble, chargé du Service à Miquelon, se rendait à Saint–Pierre sur un bateau-pêcheur, en compagnie de M. Boisgilbert, capitaine d’un navire marchant et de M. Ange Filleau, commis de la marine. Vers 4 heures après-midi, le bâtiment était encalminé par le travers du Cap Vert, un fusil fut chargé de plomb à canard d’un côté et de petits plombs de l’autre pour tuer quelques oiseaux s’il s’en présentait à portée ; Une « mauve » vint peu après planer sur l’arrière où causaient MM. Boisgilbert et d’Alteyrac, tandis que M. Filleau était étendu sur deux pliants au bout desquels et au pieds du commis de marine était un panier de provisions où se trouvait engagée la crosse du fusil. M. d’Alteyrac se précipita pour saisir l’arme qu’il secoua vivement afin de la dégager du panier et, au moment où M. Filleau lui disait : « Que d’empressement pour ne rien tuer ! » le coup du petit plomb partit à bout portant, fit balle. Atteint derrière l’oreille droite, M. D’Alteyrac fut tué sur le coup..
Ce douloureux accident causa une profonde émotion dans le monde des fonctionnaires et à Miquelon où M. d’Alteyrac jouissait de l’estime de tous.
L’année suivante M. le Comte Redon de Beaupréau obtenait, dans le cimetière de Saint–Pierre, la concession perpétuelle d’un terrain pour y recevoir les restes mortels de son neveu.
(1) Les frères Phorphyre et Ephrem.
(A suivre). E. S.
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Un peu de notre Histoire (193)
1841 à 1845 inclus
(pages 147-148)
Foyer paroissial n° 200 : 15 août 1940
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M. Mamyneau, rentre en France sur le brick de commerce « La Caroline », le 2 juillet. Il est remplacé dans le commandement de la colonie par le capitaine de corvette de 2ème classe Desrousseaux, arrivé à Saint–Pierre le 12 juillet sur le navire de guerre « La Loire ». Le Service lui est remis par l’intermédiaire, M. de Grandport, Inspecteur colonial.
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Le 7 septembre partait à son tour sur le navire de commerce « La Gazelle », le vénérable préfet apostolique et curé de Saint–Pierre, M. l’abbé Ollivier Pierre.
Il était venu à Saint–Pierre en 1816 avec le contingent des anciens déportés. Pendant son apostolat de 26 ans, M. Ollivier ne cessa de remplir avec un admirable dévouement et bien souvent non sans de sérieuses difficultés son saint ministère. Car il assura longtemps, simultanément le service du culte dans les deux îles, il emportait dans sa retraite l’affection et le respect de toute la population.
M. Ollivier était remplacé par M. l’abbé Charlot Amateur, Jean, arrivé à Saint–Pierre dans le courant d’avril.
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Entre autres naufrages survenus en 1842, en voici deux particulièrement douloureux :
d’abord celui du « Seal Hunter », le 29 novembre, un dimanche.
Ce bâtiment sous le commandement du capitaine Carer, était parti de Saint-John (Terre–Neuve), avec un chargement de morue à destination d’Halifax. Assailli par la tempete par le travers de la côte S. O. de la grande île, il avait dû relâcher à Saint–Pierre. Le surlendemain, le temps paraissant assez maniable, le « Seal Hunter » appareilla pour continuer son voyage. Mais quelques heures après, brusquement surpris par un nouveau coup de vent d’une extrême violence, il fut jeté sur les bâtures de la dune de Langlade sur lesquelles il se brisa. Sur 17 personnes à bord, 14 dont une femme et 4 passagers provenant du navire naufragé « Mary » se noyèrent. 12 cadavres, rejetés sur le rivage, reçurent la sépulture en terre consacrée. Les trois survivants de ce sinistre étaient les nommés Rosseter et Chief-Made, matelots et Wallace, passager.
Et voici le deuxième naufrage plus tragique encore.
Une tribu de sauvages de la côte ouest de Terre–Neuve, composée d’une centaine de personnes, sous la conduite de leur chef, connu sous le nom de « Roi Michel Agathe », venue à Saint–Pierre, en septembre pour y accomplir, comme tous les ans ses devoirs religieux, assaillie au cours de la traversée du retour par un fort coup de vent, périt corps et biens.
Les informations reçues de l’Ouest, écrit le commandant au ministre le 12 décembre, ne laissent subsister aucun doute sur ce déplorable événement.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (194)
1841 à 1845 inclus
(pages 161-162)
Foyer paroissial n° 201 : 15 septembre 1940
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Par dépêche du 12 mars 1843 le ministre de la marine et des colonies communique au commandant Desrousseaux un rapport du directeur de l’Administrateur des Douanes lequel s’étonne que, en égard à la faible population de Saint–Pierre et Miquelon, il soit néanmoins introduit dans ces îles des quantités considérables de liquides et notamment de spiritueux par les navires armés à la pêche à Terre–Neuve.
Je désire, ajoute le Ministre, que vous vous rendiez compte si, comme le pense M. le Conseiller d’État Guéterin, ces liquides rembarqués sur les bâtiments qui abordent à Saint–Pierre, ne servent pas en grande partie à acheter sur les lieux de pêche du poisson étranger ou s’ils ne sont point débités sur les mêmes lieux aux équipages des navires-pêcheurs. La surveillance des bâtiments de l’État sera sans doute nécessaire pour recueillir à cet égard des indications aussi précises que possible et vous prie de vous concerter à cet effet avec le Commandant de la station locale.
Voici la réponse de l’Administrateur de la colonie (Lettre du 20 avril 1843).
La connaissance imparfaite du commerce de la colonie est cause de l’inquiétude manifestée par l’Administration des Douanes sur l’écoulement des spiritueux qui y sont importés. Il est essentiel de ne pas oublier que c’est le commerce anglais et américain qui est en possession d’approvisionner nos îles de la plupart des objets de première nécessité, et même des ¾ de l’appât (hareng, capelan, coques) nécessaire à la pêche de la morue. Cent à cent vingt navires étrangers au-dessus de 30 T et plusieurs centaines de barques d’un tonnage inférieur viennent ici tous les ans, chargés de bestiaux, bois de chauffage, volailles, charbon de terre, farines, légumes frais, etc., etc. Il n’en est pas qui n’emportent en échange des quantités plus ou moins considérables de spiritueux. Les équipages de ces navires étrangers, les graviers employés à la sécherie sur les habitations accroissent aussi beaucoup la consommation locale. Il n’y a pas moins de vingt cabarets patentés dans la colonie. En restreindre le nombre serait peut-être augmenter celui des débits clandestins, et accumuler les buveurs sur quelques points où les désordres deviendraient inévitables et difficiles à réprimer.
Il est incontestable toutefois que lorsque la fraude de poisson étranger parvient à s’introduire dans nos établissements ou dans l’Ouest de Terre–Neuve (French Shore), l’eau-de-vie est un des moyens d’échange ; mais peut-on interdire sa reexportation par bâtiments français, après qu’elle a été envoyée ici comme cargaison ? Je ne pense pas, et il importe de disséminer le moins possible les faibles moyens de surveillance dont je dispose. C’est en les portant directement sur le poisson de pêche étrangère, que je parviendrai encore, comme en 1842, à en empêcher l’introduction frauduleuse ou du moins à la réduire à de rares et minimes exceptions.
Nous n’avons trouvé aux archives aucune trace des observations du Département sur la suite donnée à cet important sujet.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (195)
1841 à 1845 inclus
(pages 178-179)
A propos de la boëtte.
Foyer paroissial n° 202 : 15 octobre 1940
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Dans la séance du Conseil de Gouvernement et d’Administration du 31 mars 1843, s’éleva une importante et intéressante discussion touchant à la situation économique du pays. Il s’agissait, en effet, de l’importation dans nos établissements de l’appât (boëtte de pêche étrangère).
Le Commandant, après un exposé succinct de la situation demande s’il n’y aurait pas lieu, contrairement aux prétentions de quelques habitants-pêcheurs, d’admettre, selon un usage bien établi jusqu’à ce jour, les étrangers, concurremment avec eux, à approvisionner les armements de pêche, de la boëtte qui leur est nécessaire. Sans doute, dit-il en substance, il serait fort à désirer que cet appât fut uniquement de pêche française, mais comme nos concitoyens ne pourraient s’engager à en livrer une quantité suffisante, ni peut-être en temps opportun, la nécessité d’admettre l’appât de pêche étranger a été depuis longtemps reconnu. Un autre usage constant a été de ne point faire payer les droits de port et de navigation aux navires importeurs (sic) d’appât qui jaugent 30 T, et plus. Que cette importation est d’un trop grand intérêt pour être gênée en rien.
La grande majorité du Conseil pense comme M. le Commandant. Rien ne doit gêner l’introduction de l’appât de toute provenance car il s’agit avant tout d’assurer les moyens d’une pêche fructueuse.
A ce moment la discussion s’engage.
M. Detcheverry tente de démontrer qu’il importe de restreindre au lieu de l’encourager, l’importation de l’appât étranger. Selon lui, non seulement les bâtiments étrangers au-dessus de 30 T. importeurs d’appât devraient payer les droits, mais encore les moindres barques étrangères qui sont le plus habituellement affectuées (affectées ?) à ce commerce. Il ajoute que l’intention d’un grand nombre d’habitants est d’adresser une pétition au Commandant pour le prier d’intervenir auprès du ministre afin que leur pêche de hareng et capelan soit encouragée et non pas soumise comme jusqu’à ce jour à une concurrence qu’il leur est impossible de soutenir.
M. Ledret ne partage pas l’avis de M. Detcheverry. Il pense au contraire que faire payer des droits aux barques anglaises qui ont l’habitude de porter l’appât ce serait les éloigner du marché et priver le commerce qui y perdrait beaucoup ; d’abord parce qu’aucun habitant ne pourrait s’expédier assez tôt pour faire la pêche du hareng, et, en admettant même le contraire, parce que les Anglais ne souffriraient pas que nos nationaux fassent cette pêche dans leurs havres. D’autre part il est impossible de pêcher le hareng dans le golfe Saint-Laurent avant les premiers jours de mai, à cause des glaces. A ces considérations, M. Ledret en ajoute une troisième : c’est que nos pêcheurs sont en trop petit nombre pour fournir de la boëtte à 250 ou 300 navires qui viennent annuellement à Saint–Pierre à cet effet.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (196)
1841 à 1845 inclus
(page 211)
A propos de la boëtte. (suite).
Foyer paroissial n° 204 : 15 décembre 1940
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A son tour, M. Littaye pense aussi, contrairement à l’opinion de M. Detcheverry que, loin de gêner, l’on doit plutôt faciliter, au moins autant que cela est compatible avec les devoirs de l’Administration, l’introduction de la boëtte. Il regrette sans doute, dit-il que, nos nationaux ne puissent pas s’emparer de cette branche d’industrie, mais cela s’est avéré impossible, d’une part à raison de leurs faibles moyens d’exploitation qui, s’ils étaient seuls, en possession des droits d’approvisionnement, exposeraient les deux cents navires pêcheurs à manquer leur pêche, d’autre part, de ce que le hareng, d’un côté, ne peut être pêché dans les possessions françaises (French Shore) que vers le milieu de mai, époque trop reculée pour assurer l’approvisionnement de la première pêche ; à raison d’un autre côté de ce que le capelan qu’apporteraient les Français du golfe ne pourrait venir en assez grande quantité pour suffire aux besoin de la seconde pêche. M. Littaye pense en outre qu’empêcher ou gêner l’introduction de l’appât étranger aurait pour résultat immédiat de préjudicier aux intérêts de la colonie en éloignant du port de Saint–Pierre une centaine de navires métropolitains appartenant à des armateurs établis au chef-lieu et qui n’y viennent que s’approvisionner de boëtte.
MM. Renaud et Bruslé partagent sur tous les points l’opinion de M. Littaye et ajoutent que l’éloignement de notre port d’une centaine de navires français qui n’y viennent que pour chercher l’appât de pêche, nuirait non seulement aux intérêts du commerce local mais encore à ceux de la caisse coloniale à laquelle ces navires rapportent près de 6000 fr. par an.
M. deGrandpont, inspecteur colonial, intervient alors. Il met sous les yeux du Conseil un extrait de l’arrêté rendu le 6 mai 1836 par la législature de Terre–Neuve, extrait qui fut publié et affiché à Saint–Pierre le 13 juin suivant et duquel il résulte que l’autorité anglaise prohibe, sous des peines sévères, la vente de tout appât de pêche aux étrangers.
Sans doute, poursuit M. de Grandpont, nous sommes bien libres de recevoir cet appât puisqu’il nous est utile et même nécessaire ; mais est-il convenable de l’encourager par une prime ou exemption de droits ; le gouvernement de Terre–Neuve ne serait-il pas fondé à regarder cette mesure comme contraire à nos relations habituelles de bon voisinage ?
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (197)
1841 à 1845 inclus
(page 224)
A propos de la boëtte. (suite).
Foyer paroissial n° 205 : 15 janvier 1941
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Cette considération porte l’inspecteur colonial à prier M. le Commandant, s’il est dans ses intentions de dispenser les importeurs d’appâts au dessus de 30 T. de payer les droits de navigation et de port, de ne le faire qu’à titre de tolérance seulement, jusqu’à ce que le ministre ait pu statuer à cet égard, mais sans prendre d’arrêté officiel et de principe contre lesquels nos voisins puissent avoir à réclamer.
Ces considérations parurent fondées aux autres membres du Conseil, et M. Desrousseaux fit connaître qu’il en adoptait les conclusions. Si en général, conclut-il, l’Administration peut modifier partiellement les arrêtés locaux, elle ne doit le faire qu’avec beaucoup de réserve, ceux surtout qui intéressent le commerce étranger qui pourrait, dans le cas contraire, ne prendre qu’une imparfaite et fausse connaissance de ses droits et obligations dans la colonie.
En adressant au Département copie du procès-verbal de cette délibération, le Commandant dans sa lettre en date du 20 juin suivant, s’exprime ainsi ; « Cette délibération est d’un intérêt vital pour le succès des opérations de pêche. Je ne puis trop appeler sur ce sujet la haute sollicitude de V. E. Il est certain que si la station anglaise envoyait devant nos îles une embarcation pour intercepter tous les importeurs (sic) elle n’agirait que conformément aux traités et à la législation en vigueur à Saint-Jean de Terre–Neuve. et que notre commerce éprouverait alors des difficultés et des plus considérables dont l’appréhension se renouvelle plus ou moins vivement chaque année. »
Voici la réponse du Ministre en date du 21 juillet 1843.
« Monsieur le Commandant, la mesure que vous avez prise étant justifiée par un intérêt local, celui de procurer à la colonie l’appât pour la pêche à la morue, j’y donne mon approbation, sous réserve toutefois de l’examen des réclamations auxquelles cette mesure pourrait ultérieurement donner lieu de la part des pêcheurs français qui concourent à l’approvisionnement de la colonie en capelan et d’autres espèces d’appâts. Veuillez etc. Amiral Roussin »
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (198)
1841 à 1845 inclus
(page 243)
A propos de la boëtte. (fin).
Foyer paroissial n° 206 : 15 février 1941
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On ne comprend guère les raisons qui incitèrent le gouvernement de Terre–Neuve à fermer les yeux sur les infractions à son arrêté de 1836 alors qu’il faisait observer strictement, nous en donnerons bientôt un exemple, les traités interdisant aux Français de faire la pêche dans ses eaux territoriales.
Est-ce par esprit de bon voisinage ou simplement dans le but de permettre à ses ressortissants de pouvoir se procurer les denrées et autres marchandises qu’ils ne trouvaient pas alors chez eux ? Là est la question.
Quoi qu’il en soit on verra dans la suite que les négociants de Saint-Jean ayant enfin ouvert des filiales sur différents points de la côte, et toujours jaloux de la prospérité de nos îles obtinrent enfin de leurs représentants élus une loi qui interdisait d’une façon absolue aux pêcheurs anglais de vendre de la boëtte aux Français : c’est le fameux Bait Acte de 1888.
Cet acte législatif obligèrent nos pêcheurs métropolitains à se débrouiller d’autre façon, mais les contraignirent à abandonner le port de Saint–Pierre, on vient de le voir, où ils ne venaient que pour se ravitailler en appât. Cet abandon il faut bien le dire porta un rude coup au commerce.
Quand à la flottille locale elle parvint jusqu’à sa disparition vers 1905 et par ses propres moyens, à s’approvisionner souvent, il ne faut pas le dire trop haut cependant, avec le concours clandestin de braves petits pêcheurs anglais.
Des dispositions préliminaires à la construction du phare de Galantry sont prises par le Conseil de gouvernement et d’administration dans sa séance du 10 août 1843.
L’appareil d’éclairage devant être rendu à Saint–Pierre en juin ou juillet 1844, il fallait donc que la tour fut aussi avancée que possible à cette époque. Mais la tardive réception des ordres ministériels et aussi l’absence d’une grande partie du matériel ne devaient permettre de commencer cette construction qu’au printemps suivant.
D’autre part, le transport de ces matériaux à pied d’œuvre était l’un des soucis et non des moindres de l’administration aucune route ni chemins praticables n’existant à cette époque.
Une commission composée de MM. Durand, Duhamel, Job et Ledret, était nommée le 15 septembre pour fixer le lieu le plus convenable pour un débarquement de matériaux et la plus à proximité du morne de Galantry, ainsi que la construction d’un chemin pour y parvenir. L’anse dite aujourd’hui « Anse à l’Allumette » fut désignée.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (199)
1841 à 1845 inclus
(pages 258-259)
Les monnaies étrangères.
Foyer paroissial n° 207 : 15 mars 1941
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Voici maintenant un sujet encore plein d’actualité.
A l’occasion des difficultés que rencontrait à Saint–Pierre et Miquelon le placement avec prime des traites sur le gouvernement de la Métropole, M. Renaud, trésorier, exprima le vœu dans la séance du Conseil local du 15 mai 1843 qu’il fût donné cours forcé dans la colonie aux monnaies étrangères. Il énonçait que cette mesure aurait des avantages généraux pour le commerce local mais qu’elle faciliterait surtout ses rapports avec la caisse coloniale et par suite qu’elle serait favorable à la négociation des traites qu’il importe que l’administration puisse toujours réaliser dans un délai convenable.
Le ministre saisi de cet intéressant sujet répondait au Commandant le 22 septembre qu’il résultait en effet de la délibération du Conseil que, bien que la computation et le tarif monétaires de France fussent seuls légalement en vigueur à Saint–Pierre et Miquelon, le commerce est amené à recevoir beaucoup de monnaie étrangère, des étrangers directement et de plusieurs de nos Antilles, en retour des cargaisons de morue que le port de Saint–Pierre y expédie.
Mais, poursuit le Ministre, sans vous arrêter davantage à cette demande, vous avez déclaré que mon Département serait prié de statuer sur la question. Il eut été à désirer, dans ces conditions, que vous eussiez fait au moins de cette matière, l’objet d’une sorte d’enquête préalable, de manière à bien constater l’état de la circulation monétaire dans la colonie, en appelant le commerce lui-même à faire connaître ses besoins à cet égard.
L’amiral Roussin continue : « Je dois vous faire remarquer d’ailleurs que la mesure dont s’agit ne pourrait résulter d’une simple décision du ministre, mais qu’il faudrait y pourvoir par une ordonnance royale, car il ne suffirait pas que les caisses de la colonie fussent ouvertes aux monnaies étrangères, il est encore nécessaire que les particuliers ne puissent pas de leur côté refuser de les recevoir en paiement.
Puis après quelques considérations sur la nécessité qu’il y aurait d’adopter, dans le tarif à intervenir le taux auquel ces monnaies étrangères pourraient circuler à Saint–Pierre et Miquelon, le ministre conclut : Par suite de ces explications, il est nécessaire de soumettre à un examen approfondi, avec le concours des représentants du commerce local et métropolitain, et en présence de tous les éléments nécessaires, la question soulevée da la délibération du quinze mai dernier. Vous me transmettrez le plut tôt possible les résultats de cet examen d’après lequel je déciderai s’il y a lieu de prendre les ordres du roi sur la matière.
Nous aurons l’occasion de revenir sur cet important sujet.
(A suivre). E. S.
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Un peu de notre Histoire (200)
1841 à 1845 inclus
Faits divers survenus au cours de l’année 1843.
(pages 273-274)
Foyer paroissial n° 208 : 15 avril 1941
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Le 19 mai arrivait à Saint–Pierre la corvette Ariane ayant à son bord M. Joly, conducteur des Ponts et Chaussées, Célot, aide-constructeur et 34 ouvriers de diverses professions pour la construction du phare de Galantry, de l’hôpital, de la prison et autres immeubles administratifs.
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On ne saurait passer sous silence le départ d’un vieux serviteur du pays, M. le chirurgien de deuxième classe de la marine Barbet, en service à Miquelon depuis la rétrocession en 1816 et admis à la retraite.
Le 19 juin le Commandant sollicite pour lui, dans les termes suivants, la croix de la Légion d’honneur.
« C’est après 27 ans de services consécutifs dans cette colonie où il a obtenu l’estime et l’affection générale et fait constamment le bien que M. Barbet va se retirer dans sa famille à l’âge de 67 ans. Ce simple et modeste exposé de ses titres, me paraît de nature, Monsieur le Ministre, à vous prier de prendre en considération de bien vouloir le comprendre dans la première promotion pour la croix de la Légion d’honneur.
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Le 29 juin, M. Desrousseaux recevait la visite de M. Darley, commandant la corvette Electra et de l’évêque de Saint-Jean de T-N. Mgr Michael Antony Fleming. Les relations, de part et d’autre furent empressées et amicales. Cet officier supérieur et le prélat quittaient Saint–Pierre en témoignant au chef de la colonie combien ils avaient été sensibles au cordial accueil qu’il leur avait été fait.
Cependant M. Desrousseaux fut quelque peu surpris de la lettre conçue en termes un peu rigoureux que le Commandant Darley lui avait remise à son départ. Il s’agissait de l’observation stricte par les pêcheurs français, sous peine d’énergiques sanctions, de respecter les traités leur interdisant de pêcher sur les fonds anglais.
On va voir de quelle façon, quelques jours plus tard, cette même corvette remplissait son rôle de surveillance.
Le 18 juillet, la pirogue de pêche n° 3 ??, montée d’un matelot et de deux mousses, rentrait à Saint–Pierre avec le cadavre de son patron Beaudouard, tué d’un coup de fusil par un officier commandant un canot de ce navire de guerre.
L’enquête sommaire faite par l’autorité judiciaire de Saint–Pierre révéla la preuve la plus manifeste que la pirogue en pêche dans eaux anglaises les avait abandonnées dès l’apparition de l’embarcation britannique. Celle-ci lui avait néanmoins donné la chasse à coups de fusil dont un avait atteint mortellement le patron.
(A suivre) E. S.
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Un peu de notre Histoire (201)
1841 à 1845 inclus
La pêche dans les eaux anglaises (suite)
(pages 289-290)
Foyer paroissial n° 209 : 15 mai 1941
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La goélette de la station locale « La Gentille » reçut l’ordre de se rendre immédiatement à Saint-Jean pour y porter les représentations du chef de la Colonie au gouverneur de Terre–Neuve, et lui en rapporter une réponse. Le capitaine Héroud fut parfaitement reçu dans la capitale de la grande île et n’y rencontra que des marques de sympathie et de sincères regrets de la part de toutes les autorités, ainsi que de la part du commandant et des officiers de l’ « Electra » qui se trouvait en ce moment à Saint-Jean.
L’enquête des autorités de Terre–Neuve démontra que la mort de Beaudouard n’était due qu’à une imprudence malheureuse et non à l’inten