Le GrandColombier
Saint-Pierre et Miquelon
1871 - L’affaire Charles Guerguen
En 1872, les habitants de l’Archipel déposèrent à l’Assemblée Nationale une pétition et un mémoire justificatif. (Imprimée rue des Onze Mille Vierges à Arras !).
Les pétitionnaires soulevèrent plusieurs points, en particulier le pouvoir quasi absolu dont jouissait le commandant de la colonie. Il pouvait, en conseil, prononcer l’exclusion pure et simple de Saint-Pierre ou de Miquelon d’individus qui « troublaient la tranquillité publique ».
C’est précisément ce qui arriva à Charles Guerguen en 1871.
Suite à l’incendie de 1867 le commandant Cren avait lancé un arrêté interdisant l’utilisation exclusive du bois dans les constructions du centre-ville. C’est alors que l’île rentra dans la guerre des clabords. Or bien des habitants ne pouvaient se permettre d’exécuter cet arrêté pour des raisons matérielles et pécunières. A la fin de la saison estivale, l’administration déposa un grand nombre de procès-verbaux sur ceux qui n’avaient pas respecté l’arrêté !
On s’y attendait plus ou moins, mais ce qui étonna fortement fut l’ordre de démolir le clabord extérieur. C’est en plein mois de novembre qu’un véritable état de siège fut instauré : la compagnie des disciplinaires, les artilleurs, l’équipage de l’Estafette furent tous consignés dans leurs locaux respectifs, les sabres prêts et pistolets armés. Toute la gendarmerie de la colonie se rendit alors pour enlever les clabords d’une seule maison ! La population resta calme malgré tout. Le ridicule de la situation ne s’aggrava qu’à partir du moment où l’un des habitants, Charles Guerguen, fit savoir son mécontentement un peu plus haut que les autres.
Cet ouvrier, père de trois enfants fut ordonné le lendemain de se rendre à la gendarmerie. Quelques heures plus tard il fut emmené à l’hôtel du gouvernement et suite à un interrogatoire, le commandant Cren prononça son expulsion. Il pouvait choisir entre l’Angleterre ou l’Amérique. Il avait 24 heures pour se décider.
Il passa alors quatre jours en prison, puis un matin vers cinq heures il fut emprisonné et mis aux fers dans la cale de l’Estafette, il fût ensuite placé dans l’entrepont. Près d’un mois s’écoula avant qu’il ne fut placé à bord de la goëlette postale pour Sydney.
C’est ainsi que Charles Guerguen se retrouva au Cap Breton, sans argent, sans ressource, expulsé de la colonie et coupé de sa famille.
La famille Guerguen restée sur place, dut alors obtenir un secours du gouvernement qui ne fut versé que pendant trois mois. Le commandant n’ayant pas alloué de secours le mois suivant, Mme Guerguen protesta vigoureusement ce qui eut pour conséquence le retrait de son secours. Il fallut alors que trois négociants organisent une quête pour subvenir aux besoins de cette famille en détresse. Le dernier rebondissement de l’Affaire Guerguen fut une nouvelle décision de l’administrateur de la colonie. Ce dernier fit tout simplement paraître un arrêté interdisant les quêtes aux personnes étrangères du bureau de bienfaisance.
Ainsi se termine l’exposé de l’Affaire Guerguen dans le Mémoire justificatif des habitants et commerçants des îles Saint-Pierre et Miquelon. Qu’est devenu Charles Guerguen ?
La justice expéditive du commandant Cren semble avoir été remise en cause car la liste des patentables de 1878 indique que Charles Guerguen y est de nouveau inscrit comme charpentier. Absent de la liste de 1916 il a du, comme beaucoup, quitter l’archipel avec sa famille.
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Pour avoir effectué des recherches sur ce sujet dans les années 1990, j’en étais arrivée à la conclusion (documents à l’appui), que la maison sur laquelle les clabords avaient été enlevés, n’était autre que celle de l’armateur André Paturel, qui se trouvait dans l’actuel bâtiment de la Caisse Centrale (ex hôtel Lalanne,pour ne citer que lui). Un dessin avait même été réalisé par la fille (je crois), de l’armateur sur cette fameuse journée des clabords, il existe toujours et serait entre les mains de l’un des descendants de la famille.